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Filikus

Fjord

Laitage fondant
Cette baie du littoral
Où le soleil luit.

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Texte libre

C'est ici un blog de bonne foi, lecteur.

Il t'avertit, dès l' entrée, que je ne m' y suis proposé aucune fin, que domestique et privée.

Je n' y ai eu nulle considération de ton service ni de ma gloire.

Je l' ai voué à la commodité de mes parents et amis : à ce qu'ils puissent y retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive, la connaissance qu' ils ont de moi.

De Saint Amand, ce vingt cinquième de novembre deux mil six.

Dimanche 16 septembre 2007

C' est un " Qui est-ce ? " un peu spécial que nous vous proposons aujourd' hui. Il s' agit en effet de découvrir qui est ce bébé ravissant :

P1000753.jpg Donc, qui est-ce ? 

J' ajouterai seulement qu' il fait un temps splendide, que Houcine et Léna ont bien atterri à Paris à 20 heures 10 vendredi soir , que Houcine travaillait déjà hier et qu' ils ont l' air en pleine forme.

J' ajouterai également : Bon anniversaire, Matthieu !

Et de grosses bises à tous !

Bon dimanche !

par Wondermaman publié dans : Chats
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Samedi 15 septembre 2007
... dans un monde de brute ... 

Hier, je vous ai dit toutes mes lourdeurs sur le coeur face aux misères parisiennes des jeunes. Mais je ne vous ai pas remercié, tous, pour vos douceurs .
Je voulais dire aujourd' hui le réconfort des confitures de Maryline, la pierre irlandaise de Martine, le sage sang-froid de Jean-Pierre et la chaleur de l' appart prété par Houcine.
Je voulais dire les messages encourageants de vous tous, la sensation toujours présente  de vos amitiés, et dans ma tête, vos textes, Gérald, vos chansons, les Agités, vos rires, les copains, les SMS de Christophe et la soirée chez Bernard et Martine . 
Je voulais dire les ondes positives de vos pensées et les soutiens de ceux de l' arrière. On ne s' est jamais senties seules, Marianne et moi. Et chaque chat de la Cité des Fleurs nous donnait des nouvelles des nôtres, chaque pigeon parisien nous chantait Pavarotti. Et une charmante petite fille s' occupait de mon zoo, merci, Lauriane !
Merci à vous tous ! L' appart, même quand Marianne l' aura quitté, on le garde - ou celui-ci, ou on en achètera un autre -, et vous y serez chez vous chaque fois que vous aurez envie de goûter à la vie parisienne ... ou de vous initier à l' opéra ! 
par Wondermaman publié dans : wondermaman
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Jeudi 13 septembre 2007

Me voici de retour après un (trop) long silence . J' effleure les touches du clavier avec timidité, émotion, une certaine hésitation aussi, comme lorsqu' on reprend contact avec un ami éloigné depuis longtemps . 

Difficile.

 Un peu dépressive, "Wondermaman", depuis ses galères parisiennes. 

J' émerge peu à peu . 

Oh ! rien de grave, et je vous rassure tout de suite : on a trouvé, on a gagné, Marianne a un charmant petit studio dans le 17ème, à 10 minutes à pied de chez son frère et voici sa nouvelle adresse : 5, rue des Moines, 75017 Paris. 

Alors ? Que m' arrive-t-il ? Jean-Pierre prétend que je fais un petit syndrome réactionnel, toute proportion gardée ( n' exagérons rien ! ) comme les gens qui survivent à un attentat et qui , au lieu de se réjouir, se disent : "Pourquoi moi ?" 

J' ai vraiment été très choquée par la misère des étudiants et les difficultés pour se loger à Paris. On le sait tous, mais le voir, le vivre, c' est autre chose, croyez-moi. 

 Franchement, il y a 3 ans, pour Houcine, c' était dur, mais c' était du gateau à côté de ce que nous avons vécu Marianne et moi... 

Dès l' arrivée à Paris, en traversant le pont qui va de la gare d' Austerlitz à la gare de Lyon, j' aurais dû comprendre : le long des quais de Seine  s' alignent les petites tentes "Queschua" ...

Je connais bien Paris, j' y ai vécu 10 ans, la misère, je croyais connaître, celle des clochards, des Roumains et autres mendiants, des S.D.F. j' en avais vu pas mal . Ce n' est pas qu' on s' habitue mais on s' aguerrit et elle fait partie du paysage quotidien du Parisien. 

Mais la misère des jeunes, des étudiants, des nôtres, de nos enfants, je n' avais pas encore vu... 

Il y a 30 ans, lorsque j' arrivai en Prépa à Neuilly, nous fûmes accueillis, à ma grande surprise, par le discours d' un Proviseur déclarant : "Je suis fier de saluer ici l' élite de la nation française." ...
France, que fais-tu de ton élite ? J' ai honte, mon pays : dans les "Queschua", l' élite intellectuelle de la France ! sans eau, sans électricité. A la rue. 

On en a visité, des studios, Marianne et moi, et je ne vous dirai pas tous ceux qu' on n' a pas visités , parce que personne n' est jamais venu, lapin sur lapin, parce que les propriétaires, ignobles ou dépassés, se moquent bien de nous, parce que "J' ai eu 220 coups de fil pour cette chambre, Madame, désolé" parce que " Portable saturé" , parce qu' ils ont loué et qu' ils ne rappelleront pas les 51 visiteurs ou plus qui resteront sur le pavé parce que ça leur prend trop de temps, je les comprends, ça les ruine en portable, parce que, pour certains, les meilleurs d' entre eux, c' est trop déprimant de dire : " Non, on ne vous prend pas, c' est loué " et d' entendre le silence ou les pleurs de celui qui reste à la rue, parce qu' elle est Marocaine, et que ses parents sont à Casablanca ( pourtant, elle entre en Maths - Sup à Lakanal ), parce qu' elle est Bulgare et qu' elle est seule : " Dites Monsieur, je peux visiter, vous prenez les Bulgares quand-même, même s' ils sont pas Français ? ", parce que leurs parents ne sont pas avec eux, parce qu 'ils ont bien une caution "C' est sûr, et tous les papiers sont là, mais seulement, aujourd' hui, ma caution n' a pas pu venir, parce qu' il travaille" , parce que "Je gagne 4000 euros par mois, j' ai un CDI c' est vrai, voilà ma feuille de paye, mais je pensais pas qu' il fallait avoir une caution  ! ", parce que " C'est plus facile d' entrer à Normale Sup que de trouver un logement, parce qu 'ils " visitent" avec leur sac à dos énorme gonflé à craquer sur les épaules ou leur valise à roulettes traînée derrière parce que  " J'ai tout dedans, parce que je ne sais pas où aller , je ne sais pas où dormir cette nuit, j' ai rien. " ... 

Les files d' attente, on en a fait partie :  80 personnes devant nous  ( je n' ai pas regardé derrière ) pour 7 mètres carrés, certes 18 rue Gay Lussac, mais au sixième sans ascenseur, avec W.C. sur le palier, à partager avec 5 autres chambres, pour 450 euros par mois... et les 5 familles " sélectionnées" étaient prêtes à se battre pour l' obtenir, cette chambre que nous n' avons pas vue, parce qu' il y avait 80 personnes devant nous. Ces files d' attente parisiennes m' évoquaient les files de juifs de la deuxième guerre mondiale. Oh ! je sais, nous, nous n' attendions pas pour Auchwitz et la chambre à gaz n' était pas au bout , alors, pourquoi ces images surgissaient-elles dans ma tête ? 

Parce que nous formions de longues files disparates où toutes les classes et conditions sociales se mêlaient, les belles dames bien maquillées , bijoutées et permanentées, les beaux messieurs classes, nous, parfois, on faisait minables à côté, les riches, les moins riches, les cultivés et les humbles, les pères-et-mères-accompagnant-l'étudiant nanti et chanceux, les étudiants tout seuls, et  les bagages au milieu - comme pour dans les films de 39-45 - et tous avec la même angoisse au coeur : caser notre enfant.
 
 Parce que les badauds portaient sur nous les mêmes regards ou absences gênées de regard, certains se moquaient de nous : " Tout ce monde pour une chambre !!!" , je répondais : " On voit que vous avez un logement, vous ! " d ' autres jetaient un oeil de commisération. 
Parfois, les flics arrivaient . Oh ! gentils ! On ne s' est pas fait matraquer ! Le véhicule policier glissait  à faible allure à notre hauteur, remontait la file, parfois un agent baissait la fenêtre et demandait ce qui se passait. - Il y a une chambre à louer. - Ah bon. Et il s' éloignait, revenait parfois un quart d' heure plus tard pour vérifier que l' ordre public n' était pas perturbé. Car nos longues files troublaient  parfois l' ordre public, dérangeaient même les passants, comme ces jeunes filles qui emménageaient dans un foyer catholique et ne pouvaient accéder à l' entrée. - Il reste pas des places, dans votre foyer catho ? - Sais pas, demandez à la soeur. - Non, c 'est tout pris. 
Je pensais au si beau texte de Gérald, Les Foules . 

Comme de braves juifs croyant encore en l' honnêteté administrative, on avait, tous, tous nos dossiers bien complets, on était bien en règle, nous : 3 fiches de paye, je suis fonctionnaire, oui, propriétaire de ma maison, oui  j' ai fini de la payer, non mon mari n' est SURTOUT PAS retraité ( les retraites sont insaisissables, les proprios ne louent pas aux retraités ), il est kinésithérapeute ( ça fait bien ) , oui, j' ai mes papiers, je suis Française, j' ai permis de conduire, livret de famille, passeport, quittance EDF, et moi, c 'est une fille (pas un garçon !) et elle s' appelle Marianne, elle, et elle ne fume pas ! oui, j' ai mes relevés de comptes, mes relevés d' identité bancaire, mon avis d' imposition .....
 
J' avais honte, honte d' avoir mes papiers, d' être Française - justement - de faire valoir que j' étais prof, et personnel de l' Education Nationale en plus ! honte  d' être propriétaire nantie, d' avoir mes papiers et qu' elle s' appelle Marianne et pas Samia, et qu' elle ne fume pas ! Merde ! Envie de me mettre au cannabis immédiatement !...

On n' a vu qu' un taudis, là où une mère de famille pétait les plombs et resquillait le troupeau dans l' attente : " J' étais la première à téléphoner ce matin, laissez-moi passer ! " Les pauvres jeunes se taisaient. Je suis intervenue : " Madame, c' est dur pour tout le monde, on ne va quand même pas se battre."  Sourires reconnaissants du troupeau silencieux. 
Entre nous, c' était souvent sympa, on se parlait, on se disait mutuellement "Bonne Chance" .
 La dernière fois, c' est là que j' ai craqué, lorsque j' ai compris que la chance des uns ferait la malchance des autres . C' est là que, un peu plus loin, je me suis effondrée en larmes sur le trottoir, sous le regard atterré de Marianne. 

C' était notre dernière visite, le samedi après-midi. Notre dernière chance avant de rentrer à la maison, parce que nous n' avions pas d' autre rendez-vous et que je travaillais lundi. Bien sûr, je savais que Jean-Pierre prendrait la relève, mais je voulais si fort lui épargner ça ! On avait envisagé le pire, Marianne et moi : " Tu reviendras lundi, vous attendrez le De Particulier à  particulier  (c' est La Bible !) de jeudi, vous recommencerez les surlignages, les appels, les visites, encore plus tôt, il faut avoir le journal à l' ouverture des kiosques, appeler avant 9 heures, être sur place une heure à l' avance à chaque visite  pour être parmi les premiers dans la queue ... tu habiteras chez Houcine jusqu' au 14 septembre, et après, on demandera à Marie-Jeanne de t' héberger si on n' a rien" ... Et dans ma tête, la caisse enregistreuse faisait "driiinnnggg " en calculant le coût des journaux, des appels, les tickets de métro, les repas ... car chercher un logement, ça coûte beaucoup d' argent ! Et encore, nous, on logeait chez Houcine, pas à la rue.

 Et ce logement, on l' a eu, nous, et pas les autres, pas la mère de famille qui pleurait parce que sa fille reprenait l' école le lundi et qu' elle était à la rue. Nous, et pas le jeune homme qui avait mis son beau costume pour faire bien, ni la jeune fille qui, elle, portait tailleur et escarpins, parce que ça aussi, ça peut jouer, ça fait bon effet. 
Nous, et pas le couple pourtant si bien devant nous, qui accompagnait une jeune fille aussi mignonne et charmante que la mienne . 
Pourquoi nous et pas eux ?
Peut-être tout simplement parce que j' ai vite compris , et Marianne aussi, que nous avions 30 secondes pour nous faire remarquer (en bien !) et pour que le propriétaire revoie nos têtes quand il lirait ses fiches. 
Alors j' ai dit ce qui me passait par la tête, que ce studio, on voulait le garder plus tard comme pied à terre à Paris, qu' on aimait l' opéra. Marianne s' est montrée parfaite jeune fille accomplie et sérieuse , demandant poliment si elle pourrait garer son vélo dans la cour et s' enquérant de la possibilité de capter internet, parce que "c' est indispensable pour travailler sérieusement et rester en contact avec sa famille". 
Et le propriétaire nous a regardées. Simplement, il a levé les yeux de ses fiches et il nous a regardées, nous.
 Nous ne savions pas encore que c 'était gagné, mais on avait bien joué.
 En sortant, j' ai dit : " Bonne chance " aux autres et je me suis écroulée plus loin. 
J  ' avais honte. 

Le soir même, nous avons signé le bail et repris le train pour Saint Amand.

 Depuis, je reprends petit à petit ma petite vie tranquille, soulagée parce que c' est fini. 

Depuis, Jean-Pierre et Marianne ont bien tout installé chez elle et tout aménagé.

Depuis, je suis même retournée à Paris pour acheter ce qui manquait car ce n' était pas meublé, et remplir les placards vides. 

Depuis, il paraît que j' ai même fait ma rentrée scolaire et que tout va bien et que j' ai un super emploi du temps.

Mais depuis,  je suis hantée par tous ces visages croisés et je me demande :  " Et la petite Marocaine ? Et la petite Bulgare ? Et les jeunes gens bien vêtus ? Et les babas-cool aux sacs à dos ? Et le jeune de Normale -Sup ? Et le jeune au CDI à 4000 euros ? Et la petite prof de physique qui avait refusé le taudis aux  5 matelas par terre à Pigalle dans un immeuble qui faisait fonction d 'hôtel de passe ? Et la maman qui pleurait ? Et celle qui avait pété les plombs ?... 

 Où sont ils ?"

par Wondermaman publié dans : wondermaman
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