Et me revoilà !
Je suis rentrée de Paris hier soir, très très contente de mon séjour à la capitale parce que j' ai réussi à faire tout ce que j' avais programmé.
Samedi, nous avons visité le musée Picasso ( je dis " nous" parce que j' avais emmené un élève de Première L qui fait un T.P.E. ( Travail Personnel Encadré - pour les non-enseignants - ) sur Picasso. Nous étions enchantés. Ensuite, nous avons fait un petit tour dans le quartier juif et achété des bagels rue des Rosiers . C ' était super ! Nous avons beaucoup marché, aperçu Notre-Dame, la Tour Eiffel et l' Hôtel de Ville. La Tour Saint Jacques était en travaux, ce qui ne m' a pas empêché de penser à Breton.
Parce que, faut que je vous dise, pour moi, Paris est peuplé d ' écrivains que je me récite en marchant . Dès la descente du train, je m' exclame, comme Rastignac ( dans Balzac ) : " A nous deux, Paris ! ". Je pense à Madame de Sévigné à l' hôtel de Salé, et comme c 'est le musée Picasso, j' invoque les mannes des Surréalites ; dans le quartier juif, bien sûr, j' écoute Cohen dans ma tête ( pas Léonard ! Albert ! ) . Au pied de la tour Saint Jacques, je me récite André Breton : " A Paris la tour Saint Jacques chancelante Pareille à un tournesol...) , au Louvre, je relis mentalement le Da Vinci Code ; à Notre-Dame ...je vous laisse deviner... ; je me promène avec Proust aux Tuileries et au rond point des Champs Elysées, ; et lorsque je reprends le train, je repars avec André Breton :
Tournesol
La voyageuse qui traversa les Halles à la tombée de l' été
Marchait sur la pointe des pieds
Le désespoir roulait au ciel ses grands arums si beaux
Et dans le sac à main il y avait mon rêve ce flacon de sels
Que seule a respirés la marraine de Dieu
Les torpeurs se déployaient comme la buée
Au Chien qui fume
Où venaient d 'entrer le pour et le contre
La jeune femme ne pouvait être vue d ' eux que mal et de biais
Avais-je affaire à l' ambassadrice du salpêtre
Ou de la courbe blanche sur fond noir que nous appelons pensée
Le bal des innocents battait son plein
Les lampions prenaient feu lentement dans les marronniers
La dame sans ombre s ' agenouilla sur le Pont au Change
Rue Gît-le-Coeur les timbres n' étaient plus les mêmes
Les promesses des nuits étaient enfin tenues
Les pigeons voyageurs les baisers de secours
Se joignaient aux seins de la belle inconnue
Dardés sous le crêpe des significations parfaites
Une ferme prospérait en plein Paris
Et ses fenêtres donnaient sur la voie lactée
Mais personne ne l' habitait encore à cause des survenants
Des survenants qu' on sait plus dévoués que les revenants
Les uns comme cette femme ont l ' air de nager
Et dans l' amour il reste un peu de leur substance
Elle les intériorise
Je ne suis le jouet d 'aucune puissance sensorielle
Et pourtant le grillon qui chantait dans les cheveux de cendre
Un soir près la statue d ' Etienne Marcel
M' a jeté un coup d 'oeil d' intelligence
André Breton a-t-il dit passe
C' est, je crois, mon poème parisien préféré car je peux le promener partout .
Donc, après le Chatelet, nous sommes allés au Forum des Halles, à la FNAC, puis nous avons remonté la rue de Rivoli, sommes descendus dans la Pyramide du Louvre - j' adore le Louvre, parce qu' en plus des écrivains, il y a tous mes copains d' art : la Joconde, la Victoire de Samothrace, la Vénus de Milo, les Noces de Cana, Saint Jean-Baptiste et le Sarcophage des époux et plein d 'autres encore, et même si je n' ai pas le temps de leur rendre une petite visite, je les sens tous là, tout près... Remontés de la Pyramide, rue de Rivoli, les jardins des Tuileries, la Concorde... Et là, métro pour ramener Florian à la gare.
Ensuite, je suis repartie chez Houcine , dans le XVII ème. J' adore le XVIIème, parce que c ' est un quartier vivant et très mélangé . Là, j' ai fait le ménage tout le dimanche . Surtout, je suis allée à la laverie . Ca, c' est génial. J' adore la laverie. Si j' étais une grande cinéaste, je ferais un film sur la laverie...le monsieur Africain qui médite en regardant tourner son linge ; les pauvres femmes blanches ou beures, visiblement très pauvres, qui s ' entraident pour plier les draps et me font des sourires timides ; les mamas africaines aux bébés dans le dos , placides, qui jacassent et bavardent, si belles, avec leurs grands boubous. Là, je pensais à Péroline, j ' étais à Ouagadougou. Des petits gamins courent partout et grimpent dans les sèche-linge ... moi, je suis verte : " Ils vont se faire mal, c' est dangereux..." Et la mère africaine, placide, s 'interrompt à peine pour leur jeter un cri . J 'aime la laverie où on parle toutes les langues, les Slovaques, les Arabes ...et je m' amuse parce que je comprends presque tout ce qu 'ils disent dans leur mélange franco-arabe ou franco-slave... On échange de la monnaie, je dois avoir l' air un peu perdue car plusieurs personnes me proposent leur aide. Bref, je passe là 2 heures charmantes...
Le repassage et la fin du ménage après, c 'est moins charmant, mais à l' idée de faire une bonne surprise à Houcine, je suis heureuse. Je change le pommeau de douche, je lui remplis frigo et étagères de petites gâteries ... C 'est trop bien.
Houcine est rentré dimanche soir de Francfort. Il était tout heureux . Moi aussi.
Lundi, nous sommes allés déjeuner chez mon oncle Bernard et ma tante Martine, saumon suédois et pommes de terre à la sauce Ikéa. Martine avait fait une tarte aux pommes. On était trop contents de se voir . Et puis, Houcine a dû partir, et moi, j' ai dû reprendre le métro pour Austerlitz. Oh la bonne odeur du métro parisien ! l' asphalte noir qui brille de grains de mica... les rats qui courent entre les rails, le " ting" des portes qui se ferment... toute la poésie de Paris. Je respire à fond pour m' en pénétrer tout entière et en ramener un peu dans moi... dans 1/4 d ' heure, je serai dans le train et dans trois heures, je retrouverai ma maison, mes chats, ma campagne, mon repos... Je suis un peu triste . Je suis un peu fatiguée. Je suis quand-même un peu contente de rentrer chez moi. Je calcule déjà : quand est-ce que je peux revenir ? Si tout va bien, peut-être en mai ou juin, ou cet été ?
La prochaine fois, j' irai au musée des Arts Premiers, quai Branly...
Le train roule. Je rentre dans ma campagne....
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