Samedi , Jean-Pierre et moi avons décidé d ' emmener mon GPS se promener à Valenciennes.
A vrai dire, le but officiel était plutôt d 'aller visiter Valenciennes et son université où Marianne a repéré une formation intéressante pour la poursuite de ses études , formation unique en France et qui se trouve .... à Valenciennes . Officieusement , j' étais trop contente de jouer avec mon nouveau jouet , Tom-Tom, mon GPS ! Et, pour tout dire, c 'est vraiment génial. Dès les premiers mètres, la rassurante voix masculine de vrai mâle aux nerfs d ' acier déclare avec assurance : "Tournez à droite" et "Au rond- point, prenez la troisième sortie." Je suis béate et Jean-Pierre déjà très jalousement agacé par ce mec qui vient de s 'introduire dans notre intimité et qui a pris le pouvoir de tout décider sans que je discute ou conteste ses avis.
On roule, c 'est bien. On est partis à 8 heures. Forcément, Valenciennes, c 'est 5 heures de route, a dit Tom-Tom . Passé Paris, le ciel devient gris et il me vient des phrases curieuses : " Avec un ciel si gris, qu' un canal s' est perdu ... avec un ciel si gris qu 'il fait l' humilité... Avec un ciel si gris qu' il faut lui pardonner..." On a oublié Jacques Brel ! (le CD) Qu' à cela ne tienne, on chante . Et puis ça va en s' accentuant " , quel plat pays ! on indique " Bruxelles" ... Puis les noms nous font froid dans le dos : Compiègne, Noyon, la Somme ... je commence à chercher des croix blanches partout ; dans ma tête, je ne vois plus que des cimetières ... On roule. Et soudain , oh ! un Belge ! puis un Hollandais, un Danois, je commence à me sentir dans le grand Nord et je songe qu' au premier Lapon, on pourra peut-être penser au traîneau du Père Noël, d' autant que les panneaux " Attention traversée d 'animaux sauvages" représentent une sorte de biche qui pourrait bien devenir rapidement un renne. Puis de plus en plus de Belges, Hollandais , Danois, et même des Luxembourgeois... Je ne dis plus rien. Midi approchant, j' ai envie de moules-frites et commence à apercevoir les silhouettes de Verlaine et de Rimbaud marchant le long de l' autoroute : " Où Charleroi ?" , "Tournez tournez bons chevaux de bois..." Mais quelle idée de fuir Paris et de remonter vers le Nord comme ils l' ont fait au lieu de descendre dans le Sud, comme tout le monde ! On passe Douai - j' y fus conçue - je pense à mes parents, aux mines et aux mineurs, on longe des terrils, je revois des photos de mon père avec son casque de mineur et sa lampe, tout barbouillé de charbon, " les gueules-noires", on les appelait ... Je ne me souviens plus d' où Zola a situé Germinal ... Faubourgs de Valenciennes , "Au Nord, c' était les corons ..." , les petites maisons de briquette rouge s' alignent sagement collées comme dans un film de Ken Loach ...
On a retrouvé Marianne et Matthieu. On a visité l' université de Valenciennes. On a pris le tramway pour aller voir le centre de Valenciennes. C' était génial, c' est la première fois que je prenais le tramway. Et puis, on est repartis, sous la petite pluie glaciale et insistante. On s ' était dit qu' on dormirait en route, mais une fois dans la voiture, on avait envie de rentrer chez nous retrouver nos vaches , notre pays de bocage et nos chats.
"Au retour, il était minuit", aurait dit Rimbaud.
Perplexes, on est . Valenciennes, c 'est quand-même très moche et même mes lunettes roses ne parviennent pas à l' embellir. La fac, c 'est bien, mais c 'est quand même très "fac" et mon anti-universitarisme primaire n' a pas vacillé. Cette formation vaut-elle tant de sacrifices géographiques, financiers, affectifs ? Pour quel résultat ? Pour quels débouchés ? On va réfléchir ....
Il paraît qu ' une formation intéressante existe à Toulouse ... On va se renseigner et la prochaine fois, on ira promener Tom-Tom le GPS avec Nougaro dans la ville rose !
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