Marianne et moi discutons, cette fois de Lagarce.
Ou plus exactement, j' essaye de lui faire partager mon enthousiasme pour Jean-Luc Lagarce, après le spectacle vu mercredi soir à Bourges.
Elle est dubitative.
"Encore un intello !"
Moi : " Je t'assure Marianne, c'est génial. Ce que j'aime, chez ce mec, c'est son écriture, sa limpidité, son exigence, son refus du sentimentalisme, sa formidable culture, t'as pas idée de tout
ce qu'il lit, tout ce qu'il voit au cinéma, au théâtre, tout ce qu'il connaît. J'aime ce qu'il effleure des relations familiales, du ressenti à la fois si léger et si clair. Jean-Luc Lagarce a
tenu son "journal" de 1977 à 1995... enfin,c'est pas un journal INTIME, c'est pas bébéte concon mes états d'âme, c'est abrupt, net, des phrases courtes, nominales, des notations : la date, le
temps, la mort des gens, célèbres ou pas, son travail, sans complaisance, sa vie, la vie, avec une ironie et une lucidité graves et justes.
J' aime ce qu'il dit du corps, de son rapport au corps, sans "enjolivures" ni mensonges.Du concret, enfin !
La sexualité , la maladie, le cynisme qui protège sa pudeur, son orgueil et son humilité face à lui même , j'aime sa solitude et comme il l 'assume, sa franchise.
J'aime son humour , sa dureté.
C'est quelqu'un qui ne triche pas, ni avec les autres, ni avec lui-même. Il assume."
Elle : "...."
Je continue avec enthousiasme : " Tu te rends compte, il est né en 1957 et mort en 1995, il avait 38 ans , il a écrit plus de 20 pièces ..."
Elle : " Mmouais ..."
"Tu devrais lire Juste la fin du monde , J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne ..."
Elle se marre : "Putain ! les titres ! ..."
Je sens que je vais renoncer ... tentons un dernier effort : la prendre par les sentiments .
" Tu sais, il était homo, et il a un rapport au monde, à l' amour , enfin, pas l' amour, c'est plus compliqué que ça mais... "
Elle : "Et il se suicide à la fin ? "
Moi : " Non, il est mort du SIDA".
Elle est morte de rire : " Ca s'arrange pas ! ..."
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