Comme je n' ai plus de femme de ménage - au passage, sachez que je n'ai plus non plus ni internet ni téléphone , ça ne s'arrange pas, à
la maison ! - donc, n' ayant plus de femme de ménage, je fais le ménage moi-même et en musique !
Jeudi, au cours d'une petite conversation avec Jean-Pierre sur le Destin, nous voilà partis à rire et à nous moquer et le voici qui fredonne "Destin, est-ce l'amour que tu m'apportes ..." et me
voilà avec Tino Rossi dans la tête... Je me précipite pour mettre le CD , parce que, bien sûr, j' ai tout Tino Rossi dans ma discothèque ... et je me souviens que je connaissais presque toutes
ses chansons par coeur , surtout les plus sentimentales.
D'où vient cette parfaite éducation ? De ma grand-mère maternelle, Violette - ainsi nommée par son père à cause de La Traviata , on aime l'opéra, dans la famille !
Ma grand-mère aimait aussi Tino Rossi et m' a appris toutes ses chansons lorsque j'étais petite.
Me voilà donc, hier matin, armée d'un balai, puis d'un balai-brosse muni d'une serpillère, en boubou africain et Tino Rossi roucoulant : " ou bien est-ce un bonheur sans lendemain ... m'activant
sur la poussière en chantant avec Tino .
Et soudain, ma grand-mère était là. Elle était au milieu du salon, debout, souriante, près de moi. J'étais toute contente et on a fait le ménage ensemble.
Je me souvenais que, lorsque j'étais gamine, elle m'emmenait les après-midi à Royat, nous nous asseyions sur un banc, petite fille sage, je brodais mon canevas ou je lisais mon livre, à côté de
ma grand-mère qui, parfois, bavardait avec des curistes.
Je me souviens qu'une année, un monsieur venait presque tous les jours s'asseoir sur le banc à côté de nous et parlait avec ma grand-mère. Absorbée par ma lecture ou mon ouvrage, je n'écoutais
pas leur conversation.
Je me souviens qu'un jour, ma grand-mère m'a proposé de me laisser au cinéma du Casino qui passait Sissi face à son destin.
A cette époque, le cinéma, c'était permanent, on entrait, on s'installait, on prenait le film en marche et on le regardait, on pouvait même le voir plusieurs fois.
Ma grand-mère m'a confiée plus ou moins à la garde de l'ouvreuse, avec un franc pour m'offrir un esquimau glacé à l'entracte, et elle m'a dit qu'elle reviendrait me chercher.
J' étais ravie : j' ai vu Sissi deux fois, peut-être même trois.
Il a fallu que j'arrive à mon âge pour envisager l'hypothèse que, peut-être, il s'était passé "quelque chose" entre ma grand-mère et ce monsieur.
Si c'est le cas, de là où elle est, la pauvre petite morte dont les cendres font fleurir les violettes dans le jardin de mes parents, elle a bien eu raison.
D'ailleurs, ne regardait-elle pas mon grand-père , parfois, avec un regard étrange en déclarant : "Quand le Diable est vieux, il se fait ermite..." et je me demandais pourquoi le Diable se
transformait en "termite". Mon grand-père ne répondait rien et se replongeait dans son journal .
Comme disait Pagnol, ils étaient mes grands-parents "de toute éternité " ...
Jeudi prochain, je prends Adamo !
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