Depuis des années, notre voisine, âgée de 80 ans bien sonnés veille jalousement sur la maison , ses occupants, et sur nos chats
lorsque nous nous absentons. Nous entretenons avec elle les meilleures relations du monde, et si , curieuse, elle aime bien tout surveiller , c'est souvent très pratique... ou très
amusant ...
Ca peut donner : " Eh bien, je sais pas qui c' est la dame qui est venue voir Monsieur Charbonnier après votre départ, mais elle est restée un moment ..."
Ca donnait aussi : " Votre Houcine, je sais pas à quelle heure il est rentré, mais tard, pour sûr !"
Ou encore : " C'est donc à la danse que vous allez les vendredis soirs ? Et ça dure jusqu' à minuit ??? "
Et même : " Alors, le copain de Marianne, c 'est toujours le même ?"
Nous l' aimons bien, on s' est habitués, on n' a rien à cacher ( heureusement ! sinon, il vaut mieux passer par derrière, par la rue de Billeron ce que nous faisons, spontanément, par exemple aux
retours de Réveillons bien arrosés ... mais ça, je le raconterai une autre fois, pour ceux qui ne connaissent pas l' histoire ... )
Notre voisine est veuve, elle vit seule, s 'ennuie peut-être un peu et, " pour sûr", nous la distrayons : " Il se passe toujours quelque chose, chez vous ! "
Napoléon est amoureux de notre voisine . Il rêve devant sa porte, s' y frotte, se glisse sur le rebord de sa fenêtre, fait des " huits" contre ses jambes, ou mieux, se glisse parfois
chez elle et va faire une petite sieste sur son fauteuil ou sur son canapé, où il a aussi sa couverture. Elle lui parle, le flatte, et lorsque notre porte est fermée, il va miauler chez
elle et elle lui ouvre ou le reconduit chez nous où elle entrouvre la porte, sans frapper, pour le faire rentrer.
Napoléon est amoureux de notre voisine, il aime bien les vieilles dames en général , celle-ci en particulier, et mademoiselle Auclair - une autre voisine - également... Notre "plus beau du
quartier", le " bien-aimé" comme dirait Carla Bruni est, à dire vrai, la coqueluche de toutes ces dames, et même des employées de l' hôpital et de la clinique qu' il accueille chaque matin au
travail. Napoléon est le réconfort des pauvres malades qui entrent à la clinique tôt le matin - il doit être sur la place dès 6 heures pour l' accueil - De nombreux habitués, ceux de la
chimiothérapie notamment me disent souvent : " Si vous saviez comme votre chat me fait du bien, il me réconforte, quand je viens, je sais que je vais le voir et ça me remonte le moral ". Bref, on
ne dira jamais assez le rôle social de Napo dans notre quartier et je suggère qu' on rebaptise un jour la place, la clinique, voire le quartier tout entier "Place Napoléon", "Clinique Napoléon" ,
"Quartier Napoléon" en son honneur.
Et bien,voilà notre Napo jaloux, défait, laminé, écoeuré , il connaît un vrai chagrin d' amour : depuis peu, notre voisine a un amoureux , un vrai, un humain bipède dans les 80 ans
également ... Oh, ce brave homme caresse volontiers notre chat, lui parle gentiment, nous dit : "Mais il peut venir !" Mais Napo boude .... Lorsqu' il ne campe pas sous la voiture dudit monsieur,
il la contemple, vexé, du rebord de notre fenêtre ... Et regarde notre voisine d' un air de reproche ... Oh ! la coquine a bien compris et elle dit en riant et en roucoulant : " Il est jaloux le
Napo !"
Je fais ce que je peux pour le consoler, mais c' est dur . Mettez vous à sa place : qui aurait pu penser qu' une vieille dame de 80 ans pourrait lui être infidèle ?
Après Gréco, ça laisse rêveuse ...
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