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Texte libre

C'est ici un blog de bonne foi, lecteur.

Il t'avertit, dès l' entrée, que je ne m' y suis proposé aucune fin, que domestique et privée.

Je n' y ai eu nulle considération de ton service ni de ma gloire.

Je l' ai voué à la commodité de mes parents et amis : à ce qu'ils puissent y retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive, la connaissance qu' ils ont de moi.

De Saint Amand, ce vingt cinquième de novembre deux mil six.

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Filikus

Fjord

Laitage fondant
Cette baie du littoral
Où le soleil luit.

Jeudi 13 novembre 2008
On vit toujours un peu par rapport au passé.

Vous, je ne sais pas, mais moi, oui, j'ai tendance à me référer à "il y a un an ..."

Il y a un an, j'étais là.
Il y a un an, je faisais ça.
Tiens, c'est curieux, l'année dernière ...
... il faisait beau
... y' avait plus de mirabelles
... les framboises étaient déjà mûres
... j'avais déjà allumé le feu
... les plantes étaient déjà rentrées
... les conseils de classe étaient plus tard
... le bac était moins tôt
... pour Noël, on était à ...
...

Cette année, pour moi, c'est curieux .
L'année dernière ... et bien , rien, pratiquement aucun souvenir.
Rien.
Ca fait un peu drôle.
J'ai fini par l'avouer aux collègues : " Vous savez, pour moi, on entre dans la période où, en gros, de novembre à janvier, il ne s'est RIEN passé."

Oh, je vous rassure !  je n'ai rien oublié de votre amour, de votre aide, de vos sms, de vos messages, de vos appels, de Noël à la maison ni de ma sortie de l'hôpital.
Je n'ai rien oublié de la douleur ni des maux de tête que j'ai découverts avec un intérêt passionné : quand on ignore tout de la migraine, c'est une révélation  proprement fabuleuse et qu'on  n'imaginait pas !
Je n'ai oublié ni vos cadeaux ni vos visites, ni rien.

Mais ce qui s'est passé, surtout en novembre ... le lycée, les réunions, les cours, les élèves, ce que j'ai fait, comment j'ai vécu , bref, le concret, le réel ... RIEN.

Je me souviens seulement d'une immense fatigue.
Je me souviens d'une lourdeur de plomb.
Je me souviens des efforts intenses, surhumains et inimaginables que je déployais pour effectuer des gestes simples : conduire ma voiture, me lever, marcher dans la rue, ouvrir une porte.
J'ai l'impression d'avoir dormi tout un mois dans un engourdissement total et douloureux.
Je me souviens d'une volonté farouche et désespérée pour parvenir  au bout de la journée, au bout de l'heure, au bout de la rue, en serrant les dents parce que j'avais décidé d'y arriver.
Je me souviens l'avoir confié , un jour, à une secrétaire du lycée alors que nous remontions ensemble du parking . Je ne sais pas si elle a perçu ma détresse mais ce jour-là, je lui ai dit ma lassitude : " Si ça continue comme ça, faudra peut-être que j'aille consulter un médecin."
Ce jour là, je me demandais si j'arriverais dans la salle des profs debout.
Je me souviens, curieusement, avoir dissimulé au maximum à mes proches et à moi-même cette torpeur chaude qui m'enveloppait.

Alors, quand on me dit : "Vous avez dû avoir peur, quand on vous a emmenée ...", je suis surprise, vraiment très étonnée.

Peur ? Non, pas du tout.
Je n'ai jamais eu peur, à aucun moment.
Peur, seulement de rester tétraplégique ou presque, lorsque j'ai compris ce qui m'arrivait. Ca , oui.
Mais peur ... de quoi ?

En fait, pour ceux qui me posent la question, ce que j'ai ressenti, c'était plutôt un grand bonheur, une grande joie, un immense soulagement.

Lorsque je me suis allongée sur le chariot et qu'on m'a roulée jusqu'au scanner, à Bourges, j'étais heureuse, tellement soulagée !

Lorsque j'ai entendu : "Y a une grosse tache, là " , j'ai pensé  : "Ouf ! ils ont trouvé !"
Lorsque j'ai vu entrer le médecin du SAMU, je lui ai adressé  un grand sourire de confiance.
J'étais contente, c'était fini !
Plus rien à faire.
Tant d'efforts !
J'ai tout lâché.
J'ai enfin lâché prise.
J'ai tout abandonné.
Croyez-moi, ça fait un bien fou.
C'est un soulagement immense.
Fini.
Y a plus rien à faire.
Il n'y a plus à lutter.
Fini de se battre et de se bagarrer.
Se laisser aller.
Le bonheur...

C'est pour cela qu'il ne faut pas avoir peur de mourir ni peut-être même de l'agonie : il faut peut-être simplement  savoir abandonner, s'abandonner , lâcher prise et se laisser-aller.
Comme pour l'amour.

Alors, cette année, je suis pleine de vie, je n'arrête pas : un dynamisme fou.
Je cours partout. Je fais plein de choses. On me dit que je n'ai jamais eu l'air aussi heureuse . C'est vrai, et peut-être pas seulement à cause de ça.

Je vis novembre pour la première fois depuis des années !



Par Wondermaman - Publié dans : wondermaman
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