Cours de tango vendredi soir. Diego "libre dans sa tête ", notre professeur argentin , explique aux filles :
"Ton partenaire, il est grand, il est beau, tu dois le regarder comme ça ... Il est ton Dieu, pendant 4 minutes. Vous avez 4 minutes, la durée d'une danse , de ce tango, pour construire quelque chose ensemble. Ensemble, l'un avec l'autre, toi avec lui, pas en opposition à l'autre. Pas, "c'est de sa faute" , pas ," c'est lui qui" ... Pendant 4 minutes, il est ton Dieu."
Pour la fille, c'est clair, cela implique une confiance totale, une écoute absolue, et le moins "intellectuelle" possible. Il faut accepter de se laisser guider, d'aller à reculons sans savoir où elle va ni ce qu'il y a derrière elle, sans peur des obstacles, de tomber ou de heurter quelqu'un ou quelque chose, puisqu'il te tient et il ne te lâchera pas ... pendant 4 minutes. Il faut être attentive au moindre frémissement de geste ou de respiration du partenaire, et suivre.
Mais pour l'homme cela implique qu'il sache où il va, qu'il guide, qu'il prenne des décisions, et que ses choix soient clairs ! S'il hésite ou fait mine d'aller sur le côté et recule alors qu'il semblait vouloir avancer, ce n'est plus possible : je fais quoi, moi ???
L'hésitation, ça existe, au tango, on l'appelle "hésitation" et, prononcé avec l'accent argentin , ça fait rire certains pour la paronymie - hésitation, excitation - ... très drôle !...bof..
Mais même l'hésitation doit être clairement formulée, c'est une surprise, parce que c'est amusant de surprendre l'autre, mais une hésitation assumée : il avance, recule, change à peine son poids du corps d'un pied sur l'autre, et cette oscillation, je la perçois très bien et je l'épouse , je suis .
Il a tous les droits, le partenaire homme, mais le devoir d'être clair et de se faire comprendre.
Et la partenaire femme, elle n'est pas bêtement soumise, elle réagit activement et crée , elle aussi.
C'est vraiment une sacrée bonne école de travail d'équipe, le tango argentin.
Quand je vois nos jeunes, et même nos moins jeunes ! se comporter, les uns contre les autres, les filles arrogantes et humiliantes, méprisantes et stupides, les garçons incapables de prendre une décision, hésitants sans assumer leur hésitation, fuyants et pas clairs, je me dis : "Il faut d'urgence rendre les cours de tango argentin obligatoires ... dès la maternelle, peut-être."
Ca leur donnerait confiance, peut-être .
Parce que le regard que l'autre pose sur toi, il change tout : si, pendant 4 minutes, je le regarde comme un Dieu, il EST mon Dieu, il prend de l'assurance, il est sûr de lui et confiant, je le regarde infaillible, il est infaillible, je le regarde avec confiance, il a confiance en lui, je l'admire, il est beau, même s'il est petit, je le vois grand et il est grand et fort. Et à ce moment là, il est responsable et peut assumer, et il me regarde , alors, je peux aussi être sa déesse.
Et puis, c'est pas long , 4 minutes ...
Comme dirait Cali :" Je sais ce que je ferais si on m'annonçait la fin du monde pour dans 10 minutes ... Putain, c'est pas long, 10 minutes ! "
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