Dimanche 2 mars 2008
A la demande générale - de Patrick - puisque je vous sens trépigner d'impatience - surtout Monsieur Lauraux - , bref, puisque vous voulez
connaître la suite - Patrick Lauraux en particulier - je vais vous la livrer, en ce dimanche de grand laisser-aller où je me suis tout juste donné la peine de choisir des boucles d'oreilles
correctes ... sur une tenue fort négligée...
Donc, voici la suite de mon histoire ...
Donc, dans les années 1930, une petite Slovaque marche vers ... l'Amérique .
A pied, en train, parfois en camion, en clandestine toujours, elle arrive, Dieu sait comment, dans la région de Lyon.
Là, elle trouva du travail chez Baroncelli, le célèbre cinéaste. Une famille riche, gentille , cultivée où elle fut bien accueillie et bien traitée.
Elle fut embauchée comme bonne, chargée de s'occuper des enfants.
Mais elle disait fièrement : "gouvernante des enfants".
Là, elle apprend le français et les bonnes manières, soucieuse de respectabilité.
Souci d'immigrée qui craint la moindre fausse note, elle châtiait son langage - et le nôtre ! - de manière absolue : on ne devait, par exemple, pas même dire "vieux" mais "âgé" et si le plus petit gros mot nous échappait, la "pâte mouille" - sorte de chiffon à vaisselle mouillé qui lui servait à tout nettoyer et qu'elle avait toujours à portée de main - claquait sur nos jambes nues...
Souci d'immigrée qui ne maîtrise pas toutes les subtilités d'une culture étrangère et qui a décidé de réussir coûte que coûte, elle avait observé les bonnes manières dans la famille Baroncelli et nous a transmis une éducation parfaitement intransigeante : on ne mord pas dans son pain, on ne s'appuie pas au dossier de sa chaise, on ne porte pas son couteau à sa bouche, on n'élève pas la voix, on ne croise pas les jambes ( ... sauf intention particulière ...) on met les mains sur la table, on attend que la maîtresse de maison ait commencé à manger , on ne parle pas la bouche pleine, et de toute façon, on ne parle pas avant d'y avoir été invité, on se tient droite, on ne regarde pas les hommes dans les yeux, on baisse les yeux si on t'adresse la parole, on ne court pas, on ne rit pas bêtement, ferme ta bouche les mouches vont y entrer, souris, sois polie, sois jolie ...
C'est peut-être aussi chez Baroncelli qu'elle eut le souci des "belles choses" et de se créer un univers "bourgeois" avec des objets anciens, achetés dans des salles des ventes ou chez des antiquaires, histoire de se créer un passé respectable et factice, un décor de théâtre qui donnait l'ilusion de la vieille bourgeoisie.
Son appartement , c'était du faux authentique : grands miroirs dorés en trumeau, faux tableaux, lustres de cristal, sculptures de bois, vrai-faux marbre, vrais-faux souvenirs de famille comme pour reconstituer un passé qui n'avait jamais existé.
C'est à l'époque où elle travaillait chez Baroncelli qu'elle rencontra mon grand-père.
Donc, voici la suite de mon histoire ...
Donc, dans les années 1930, une petite Slovaque marche vers ... l'Amérique .
A pied, en train, parfois en camion, en clandestine toujours, elle arrive, Dieu sait comment, dans la région de Lyon.
Là, elle trouva du travail chez Baroncelli, le célèbre cinéaste. Une famille riche, gentille , cultivée où elle fut bien accueillie et bien traitée.
Elle fut embauchée comme bonne, chargée de s'occuper des enfants.
Mais elle disait fièrement : "gouvernante des enfants".
Là, elle apprend le français et les bonnes manières, soucieuse de respectabilité.
Souci d'immigrée qui craint la moindre fausse note, elle châtiait son langage - et le nôtre ! - de manière absolue : on ne devait, par exemple, pas même dire "vieux" mais "âgé" et si le plus petit gros mot nous échappait, la "pâte mouille" - sorte de chiffon à vaisselle mouillé qui lui servait à tout nettoyer et qu'elle avait toujours à portée de main - claquait sur nos jambes nues...
Souci d'immigrée qui ne maîtrise pas toutes les subtilités d'une culture étrangère et qui a décidé de réussir coûte que coûte, elle avait observé les bonnes manières dans la famille Baroncelli et nous a transmis une éducation parfaitement intransigeante : on ne mord pas dans son pain, on ne s'appuie pas au dossier de sa chaise, on ne porte pas son couteau à sa bouche, on n'élève pas la voix, on ne croise pas les jambes ( ... sauf intention particulière ...) on met les mains sur la table, on attend que la maîtresse de maison ait commencé à manger , on ne parle pas la bouche pleine, et de toute façon, on ne parle pas avant d'y avoir été invité, on se tient droite, on ne regarde pas les hommes dans les yeux, on baisse les yeux si on t'adresse la parole, on ne court pas, on ne rit pas bêtement, ferme ta bouche les mouches vont y entrer, souris, sois polie, sois jolie ...
C'est peut-être aussi chez Baroncelli qu'elle eut le souci des "belles choses" et de se créer un univers "bourgeois" avec des objets anciens, achetés dans des salles des ventes ou chez des antiquaires, histoire de se créer un passé respectable et factice, un décor de théâtre qui donnait l'ilusion de la vieille bourgeoisie.
Son appartement , c'était du faux authentique : grands miroirs dorés en trumeau, faux tableaux, lustres de cristal, sculptures de bois, vrai-faux marbre, vrais-faux souvenirs de famille comme pour reconstituer un passé qui n'avait jamais existé.
C'est à l'époque où elle travaillait chez Baroncelli qu'elle rencontra mon grand-père.
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