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C'est ici un blog de bonne foi, lecteur.

Il t'avertit, dès l' entrée, que je ne m' y suis proposé aucune fin, que domestique et privée.

Je n' y ai eu nulle considération de ton service ni de ma gloire.

Je l' ai voué à la commodité de mes parents et amis : à ce qu'ils puissent y retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive, la connaissance qu' ils ont de moi.

De Saint Amand, ce vingt cinquième de novembre deux mil six.

Dimanche 24 février 2008

Musiciens-tziganes.jpgVoilà.
 Ca pourrait commencer là.
 Ca pourrait commencer comme ça. 

J' ai retrouvé ces deux photos. Des musiciens. C'est quelque part en Europe de l'Est, quelque part en Slovaquie, près de Bratislava ? de Charfia ?

Honn-tes-musiciens-tziganes.jpg Ils s'appellent Horvath, Frido. 
Ce sont d'honnêtes musiciens tziganes.

" Famille d'honnêtes musiciens tziganes". 
C'est ce qui fut répondu à la famille Pradinaud - la famille de mon grand-père paternel - à Mornant, lorsqu'elle s'enquit des origines de cette Anna Horvathova - ma grand-mère paternelle - que le fils chéri, polytechnicien, Ingénieur des Ponts et Chaussées, de bonne famille bourgeoise, violoniste amateur et cultivé, avait décidé d'épouser.

Ces musiciens sont mes arrières-grands père et oncles. 
Ils s'appellent tous Horvath ou Frido.

Ma grand-mère me l'a souvent raconté.  
Et comme elle insistait sur le mot "honnêtes" ! 
"Honnêtes musiciens tziganes".
Petite et dépourvue de préjugés, je ne comprenais pas cette insistance. Je ne savais rien des réputations de voleurs de poules ... et de maïs !
C'est donc dans cette famille "d'honnêtes musiciens tziganes" qu'elle était née.
Ils jouaient du violon, du cimbalom, les femmes chantaient.

Et catholiques !
Ca aussi, elle me l' a dit, et répété, elle qui vénérait la Vierge jusqu'à la superstition !

C'était quand ? 
En quelle année ?
Elle ne le savait pas.
Elle ne connaissait même pas sa propre date de naissance.
C'était au début du XXème siècle, dans les années 1910 ? 

De son enfance, de ses parents, de ses frères et soeurs, elle n'en parlait jamais.
Je sais seulement qu'elle n'avait jamais eu de poupée.
Et qu'elle en avait souffert.
C'est mon grand-père Francis, son mari, qui lui offrit sa première poupée.

Et par la suite, bien après son mariage, elle en eut une collection.
Elle leur parlait, elle leur chantait des chansons. Elle les faisait danser.
C'est d'elle que j'ai reçu le respect de la représentation de la personne humaine - et le respect de l'humain qui y est lié.

De son enfance, elle racontait seulement qu'elle était partie , un jour , acheter un cimbalom pour son frère (Frido ? Horvath ? ) "pieds nus dans la neige".

La pauvreté ? La misère ? 
Je ne sais pas.
Elle n'en parlait pas.

Mais son horreur instinctive des insectes - et des animaux en général - me semble la phobie salvatrice des risques mortels d'épidémies.
Il fallait survivre.

Et la vie, elle l'avait chevillée au corps.
Elle nous l'a transmise.
C'est sûrement cette force de vivre qui lui a donné l'élan vital de partir, de quitter son pays "pieds nus dans la neige", de laisser parents, famille, amis, et de partir.
Pour ne pas mourir de faim.

Quel âge avait-elle lorsqu'elle a tout quitté ?
 18 ans ? 20 ans ?
Elle savait seulement qu'elle était mineure .
Et qu' au moment de la crise de 29, ils mouraient de faim.
Encore plus qu'avant.

Elle ne connaissait pas sa date de naissance.
On ne lui a jamais souhaité son anniversaire.

Donc, vers 1930, une petite Slovaque de pas 20 ans marche vers ... l'Amérique.
Car c'est en Amérique qu'elle allait, toute seule, à pied.
La France, dans son esprit, ne représentait qu'une étape.

Comment a-t-elle survécu ? Avec quel argent ? Au prix de quelles aventures ?
Ca non plus, nous ne le saurons jamais.

Et le plus étrange est que nous ne lui avons jamais posé de questions.

Elle quittait l'Autriche-Hongrie.

Dans son imaginaire, et peut-être la réalité géographique de l'époque, elle était Hongroise.

Son empereur s'appelait François-Joseph, l'impératrice Elisabeth était sa Reine et l'assassinat de François-Ferdinand une tragédie, comme celle de Mayerling qu'elle n'évoquait pas sans pleurer.
Et nous pleurions ensemble, en écoutant un violon tzigane.

Elle pensait en français, mais s'exclamait : "Svati Nieveski ! " ( Saints du Ciel ) ou chantait l'histoire de la "Sauva" ( la chouette ) ou "Ah Ah Koke dva" ( Ah Ah les deux chats.)
Le français ? 
Elle l'avait appris comme ça.

Lire, écrire, c'est mon grand-père qui lui a appris.
Mais elle respectait Victor Hugo ( un genre de Petit Père des Peuples) , celui des Misérables, et George Sand ( une femme libre, et qui fumait le cigare ! )
Une petite fille un peu triste était pour elle une "pauvre Cosette" et je l'ai vue se lever de sa table, au restaurant, pour aider une petite serveuse qui avait trop de travail !

A pied, en train,en camion, en clandestine surtout, elle arriva, Dieu sait comment, dans la région de Lyon.
C'est ainsi qu'elle rencontra mon grand-père.

Mais ça, je vous le raconterai plus tard ... si vous aimez cette histoire...
 


par Wondermaman publié dans : wondermaman
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Commentaires

Est-ce aussi pour cela que tu aimes marcher et que tu transportes ta maison sur ton dos?
commentaire n° : 1 posté par : martine le: 25/02/2008 08:48:34
j'attends avec impatience le prochain épisode

Amitiés
commentaire n° : 2 posté par : patrick lauraux le: 01/03/2008 11:41:07

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