Le blog de Wondermaman
Fjord
Laitage fondant
Cette baie du littoral
Où le soleil luit.
C'est ici un blog de bonne foi, lecteur.
Il t'avertit, dès l' entrée, que je ne m' y suis proposé aucune fin, que domestique et privée.
Je n' y ai eu nulle considération de ton service ni de ma gloire.
Je l' ai voué à la commodité de mes parents et amis : à ce qu'ils puissent y retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive, la connaissance qu' ils ont de moi.
De Saint Amand, ce vingt cinquième de novembre deux mil six.
En ce joli mois de mai ensoleillé, il devient de plus en plus difficile de mettre les élèves au travail. Lorsque j' arrive , ils
s'égaient - s'égaillent ? - tous sur les pelouses et je dois passer les "cueillir" , comme des petites pâquerettes :
- Allez, c'est l'heure, on monte en cours ...
Mon plus engageant sourire ne suffit pas à les mettre en mouvement :
- C'est obligé ?
- On peut pas faire cours dehors ?
- Sur l'herbe ?
- Non non, on monte, allez !
Et en brave chienne de berger, je rassemble le troupeau qui s' ébranle en rechignant :
- On va faire quoi ?
- Devine ! Allez, au travail !
Mardi dernier, au moment où j' ordonnais doucement :
- Prenez vos livres à la page ...
un doigt se lève :
- Madame, on pourrait pas plutôt parler d'amour ?
Je pose stylo et cahier d'appel d'étonnement :
- Dites-moi, est-ce qu'on a parlé d'autre chose en cours, à un seul cours depuis le début de l'année ?
Murmures, échanges de regards ... silence ... réponse :
- Ben non !
Ouf ! je respire, ils ont bien suivi !
- Donc, on ne change rien, prenez vos livres à la page ...
Deux textes, ce jour là : un passage du Cid et un extrait des Carnets de Radiguet ... Je voulais "faire passer" le monologue délibératif et les registres tragique et
pathétique ...
Eux, ils en arriveront rapidement à la conclusion qu'il vaut mieux "être sympa avec le père de sa copine si on ne veut pas se faire jeter ", et que , quand-même "faut respecter ses parents"
. J'ai senti que les filles n'étaient pas loin de soupirer pour Rodrigue - et encore, elles n'avaient pas vu Gérard Philipe dans le rôle ! - et que les garçons remarquaient qu'ils "avaient le
sens de l'honneur à cette époque" .
Dans le texte de Radiguet, il s'agissait de deux jeunes fiancés qui faisaient de la balançoire, la jeune fille se tuait sous les yeux de son amoureux en tombant de la balançoire qui s'était
élevée trop haut . Mes Secondes en ont rapidement conclu que "quand on fait le mariole pour épater les filles, ça peut mal tourner " et que "voir mourir celle qu'on aime, ça doit faire
quelque chose" . J'en ai profité pour leur rappeler la prudence en voiture, afin d' éviter de tuer sa copine en sortant de boîte ...
Ils en auront toujours tiré quelque chose.
Comme le mot "flamme" se trouvait dans Le Cid - expression "trahir ma flamme" - j'ai bien vu que ça risquait de poser problème...
Non, Rodrigue n'avait ni perdu ni échangé son briquet avec un pote ...
Flamme, signifie amour .
Et j'écris au tableau en gros FLAMME = AMOUR .
Ils sont gentils et doués, mes Secondes, une main se lève timidement :
- Ce s'rait pas une métaphore, m'dame ?
Pour cette seconde de bonheur, une vie de prof vaut le coup d'être vécue !
- Ouiiiii, très bien !
Et j' ajoute au tableau : METAPHORE .
Du coup, on a vu toutes les métaphores amoureuses du feu : brûler, feu, flamme, se consumer, et même coup de foudre ...
Grâce à Rodrigue et Chimène, on aurait pu aller jusqu'à la litote ... mais n'exagérons rien !
De là, voyant que ça marchait bien , on est passé , je ne sais pas trop comment, par l'amour courtois : le Chevalier, sa Dame, l'honneur, l'amour, ça allait tout seul .
Alors on s'est fait tout le champ lexical de l'amour guerrier et de l'amour-prison, toujours grâce à Rodrigue, le valeureux vainqueur des Maures : fers, citadelle, forteresse, conquête,
conquérir, vainqueur, captive ... j'ai récusé "impénétrable" mais accepté "imprenable" pour la forteresse, j'ai même accepté "canon" ... dans le fond, pourquoi pas ... et faut
encourager la participation ...
Je crois qu'ils sont repartis contents, et tout édifiés à l'idée que , "quand même, à l'époque, les mecs, ils se contentaient du mouchoir de la Dame à respirer et ils étaient contents"
...
- Propre au moins, le mouchoir, m'dame ?
Commentaires