Lundi 15 mars 2010
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Vendredi soir, j'étais à l' espace Malraux, à Joué-les-Tours au concert de Benjamin Biolay que j' ai découvert récemment , d'abord à
travers Même si tu pars et A l'origine, ensuite par La Superbe, son dernier album, abouti à la perfection.
Le spectacle commence par la lecture en voix off d' un long passage d'une lettre de Rilke.
Très beau.
Puis Benjamin Biolay entre en scène, adolescent maladroit au corps trop grand pour lui, embarrassé de ses mains immenses et pâles , de ses très grands pieds, mort de peur , infiniment fragile et
maladroit.
Il marche de long en large, ne nous regarde pas, se plante courageusement face au public, parce qu' on lui a dit, vraisemblablement , qu' il faut le faire .
Il tient quelques secondes et repart à marcher de long en large, comme un de mes Secondes à son premier cours de théâtre, mal à l'aise.
Il s'accroche désespérément au regard de son guitariste, ou face à son musicien côté jardin, qui joue d'un étrange instrument que je n'ai pas su identifier, une sorte de scie musicale qui souligne
la souffrance exprimée en modulations fantomatiques.
( Après enquête, il s' agit d'un thérémine, un instrument électronique magique qui produit des sons sans qu' on le touche ! )
Il se raccroche au pied de son micro qu' il balance de façon obsessionnelle et oscille jusqu'à l' horizontale. Cela tient à la fois du mouvement compulsif et de l'ancrage désespéré à un point d'
appui.
Il chante de dos.
Il a quelque chose à dire, beaucoup à dire, même, mais pas à nous .
Il faut que ça sorte de lui, il faut qu' il s'en "expurge", mais pas forcémént qu' il l'adresse à quelqu'un, encore moins à une salle pleine !
Il faut qu' il s'en délivre, mais pas pour nous.
Il chante ainsi ses trois premières chansons, d'une voix "blanche" , presque mécanique, presque sans âme, et la salle retient son souffle, malaise contagieux.
Je commence à me sentir mal, à avoir presque envie de sortir, pour ne pas lui faire de mal .
Je déteste violer qui que ce soit.
Je déteste agresser par ma seule présence, et là, on agresse, c'est clair.
Je souffre pour lui.
Mais, curieusement, je trouve cela intéressant et me demande ce qui va se passer ...
Heureusement, sur la partie gauche de la scène, une grande et belle harpe est mise en valeur par les éclairages, et la harpiste - qui joue également du violoncelle et chante, voix féminine à la
fois présente et ténue, est une jolie jeune femme brune qui , elle, n' a pas peur de nous.
La harpiste-violoncelliste-choeur, le "thérémineur"- également au synthé - un batteur très juste, clair et discret, un bassiste et un guitariste le soutiennent.
Au bout de trois chansons, Benjamin Biolay se réfugie derrière son piano .
Pas de chance, le piano vibre et il faut le stabiliser ...
Gauche et dépourvu, le voilà projeté face au public . Démuni, il parle plus avec les techniciens dans son "retour" qu' à nous ...
Un spectateur bienveillant lui crie de présenter ses musiciens puisqu'il vient d' avouer qu' il ne sait pas "quoi dire"...
Enfin à l'abri de son piano, il semble se détendre un peu et nous vivons Ton héritage et deux autres très beaux textes. J' ai la chair de poule et les larmes aux yeux.
Derrière son piano, il tient de Véronique Samson et de Julien Clerc.
Mais il doit quitter son refuge et revient face à nous .
Face ... enfin ... de profil, marchant de long en large ... de dos parfois ...
Et lorsqu'il remercie, portant sa main à son coeur dans ce très joli geste, si gracieux chez les Orientaux, le mouvement n' a rien de gracieux mais tout d' un geste de protection.
Parfois, ce sont ses deux mains qu'il ramène à sa poitrine, comme en bouclier .
Pourtant, sa voix s'est détendue et faite plus chaleureuse, il semble se calmer un peu.
Il lui faudra presque une heure pour accepter notre présence et au bout d'une heure et demie, lorsque toute la salle, enthousiaste, est levée, il paraît enfin rassuré.
Etrange expérience.
Tout le contraire de Cali, qui arrive , bras ouverts, face au public, avec cet immense besoin de se donner, de se jeter vers nous .
Cali est une "bête de scène" aux albums un peu décevants.
Biolay , tout en retenue, atteint la perfection "Superbe" en studio.
Etrange expérience, je suis émue par sa fragilité , touchée de sa pudeur et de sa maladresse..
Ce qu' il exprime est très fort .
Trop fort pour lui, trop douloureux, trop beau aussi.
Je suis ressortie cependant heureuse et troublée, consciente d' avoir eu la chance de voir un grand grand poète réussir à surmonter ses angoisses pour dire, sans tricher , ses
failles, les miennes.
Par Wondermaman
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Publié dans : wondermaman
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bonjour
il est intéressant de voir comment vous avez réagi à ce live, oserais je dire que vous êtes la seule à l'avoir vécu comme cela depuis le début de la tournée ? peut être car ce qui ressort de tous les avis de ceux le suivant depuis longtemps et ayant pu le voir à l'aise comme il ne l'a jamais été sur cette tournée sont heureux de voir le papillon enfin sorti de sa chrysalide, il a enfin trouvé une assurance sur scène,lui même ne cesse de le dire, si pour vous à l'origine sur scène n'est pas l'anti thèse parfaite de ce que vous décrivez alors que s'est il passé pendant ce morceau ? ;) une folie passagère ?
il y a beaucoup d'autres choses à dire pour réfuter vos dires (notamment sur la place du piano), si cela vous dit je m'occupe d'un forum consacré à benjamin biolay http://lesinsulaires.forumactif.net/forum.htm , nous serons ravis de vous accueillir et peut être le faire voir sous un autre jour :)
belle journée à vous
c'est la première fois que je voyais Biolay en concert, il est possible qu' il ait été beaucoup plus mal à l'aise lors de ses précédents spectacles , tout est relatif ...
Vous avez raison de souligner qu' il s'est passé vraiment quelque chose comme une "éclosion" au moment de A l'origine, qui a été, effectivement, l' acmé du spectacle, et vous avez raison, j'aurais dû le dire clairement.
Mais A l'origine, c'était après plus d'une heure, non ? cela correspond à ce que j' ai senti du moment où il a commencé à se détendre et à pouvoir "se donner" .
Il est certain que j' ai donné mon ressenti, tout à fait personnel et subjectif, mais les personnes présentes au concert avec qui j' ai parlé - et qui voyaient Biolay pour la première fois aussi - semblent l'avoir ressenti comme moi ...
Est-il faux de dire qu'il marche de long en large ? qu'il s'agrippe au pied de son micro qu'il balance ? qu' il se tourne beaucoup vers ses musiciens ? qu' il est infiniment "fragile" ?
Ce ne sont en rien des critiques car ce que j'aime chez Biolay, comme chez la plupart des êtres, ce sont les failles !
Merci d' être venu(e) partager . A bientôt ?
J'irai faire un tour sur votre forum !
pour nous votre interprétation de ces gestes est erronée , je pense que vous le voyez bien plus fragile et dans la douleur qu'il ne l'est, probablement à cause d'une image de lui qui est véhiculée depuis longtemps ;) , certes il a toujours une réserve, mais ce n'est pas de la 'douleur'
j'espère vraiment que vous viendrez sur notre forum où votre billet a déjà suscitée des réactions et des envies de dialogues :)
le sujet joué les tours est dans la partie live live live
il faut s'enregistrer pour y accéder, je ne sais pas si vous êtes un des nouveaux membres de ce matin ?
si oui il faut activer le compte via un email qui vous a été transmis et après c'est tout simple :)
C'est toujours étonnant de lire les impressions et ressentis si divers en fonction de qui les exprime. Oui, Benjamin Byolay est unique et hors du champs de la médiocrité ambiante. Fragile? Je ne suis pas sur d'être à votre diapason. Sensible, charmeur, sûr de ses qualités d'auteur, de représenter ce qui pourrait être un enfant de Gainsbourg ou de Bashung. Ces deux là ont si bien exprimé les doutes, les failles et la "fragilité'" des hommes. Avec des mots qui portent haut notre si belle langue, et puis cette verve musicale aussi changeante et créative que l'air du temps dont ils se sont nourrit. Je suis Biolay depuis ses débuts, et j'aime tout d'une façon générale. Parce que quand on aime vraiment, on pardonne aussi les petits travers, les petits défauts qui rendent les gens si humains!
Je rêverai d'avoir su écrire une aussi belle chanson pour mes enfants, un peu comme Réggiani en son temps chantait "Ma fille, mon enfant..". Si bien reprise par Isabelle Boulay. Les instants de grâce d'une vie sont rare et fragiles, et les poètes nous le disent avec infiniment plus de talent que nos pauvres mots. C'est pour ça qu'on les aime...