Présentation

Texte libre

C'est ici un blog de bonne foi, lecteur.

Il t'avertit, dès l' entrée, que je ne m' y suis proposé aucune fin, que domestique et privée.

Je n' y ai eu nulle considération de ton service ni de ma gloire.

Je l' ai voué à la commodité de mes parents et amis : à ce qu'ils puissent y retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive, la connaissance qu' ils ont de moi.

De Saint Amand, ce vingt cinquième de novembre deux mil six.

Filikus

Fjord

Laitage fondant
Cette baie du littoral
Où le soleil luit.

Attention ! danger ! tendance intello !

Samedi 20 janvier 2007 6 20 01 2007 11:12

Hier soir, nous répétions, mes camarades Agités et moi, au Châtelet, et  notre chef vénérée nous fit travailler Stanislas, célèbre chanson qui fut interprétée, entre autres, par Les Frères Jacques. Elle commence ainsi :

 " C'était en hiver et déjà tombait la nuit

Quand elle arriva il lisait Paul Géraldy..."

Notre esprit, toujours vif et en alerte nous fit nous questionner avec la curiosité qui nous caractérise : " Mais qui est Paul Géraldy ? " Là, force de reconnaître notre ignorance...- que ceux qui connaissent la réponse nous jettent la première pierre ! - je fus personnellement des plus mortifiées, en ma qualité de professeur de français ...

Ce matin,  après une nuit d ' insomnie,  je me suis donc précipitée sur Google dès  la première heure... Et là, je constate la gravité et  l' étendue de mon inculture : en effet, pas moins de 8000 sites internet sont consacrés à ce poète, sensible et désuet qui connut un succès certain auprès d ' un public féminin et semble un réservoir inépuisable de citations galantes, et un grand spécialiste de la vie de couple  sur laquelle il porte un regard tendre et lucide !!!

Contemporain de Mauriac, Adamov, Pasternak, Huxley et Brecht, Paul Géraldy naquit le 12 mai 1885 à Paris ( ce qui fait de lui un taureau - on peut même lire son thème astral sur www.astrotheme.fr , mais attention ! ils ont fait une erreur sur sa date de naissance ! ) De son vrai nom Paul Le Fèvre ( ou Lefèvre ) cet auteur hélas trop peu étudié a notamment écrit  Toi et moi, Aimer, Robert et Marianne.Son oeuvre, intimiste et sentimentale, ne se limite pas à la poésie mais s'étend au théâtre psychologique traditionnel. Il s' éteignit  à Neuilly-sur-Seine le 10 mars 1983.

J 'avais pensé  vous copier quelques poèmes de ce Grand Monsieur, mais ayant frôlé la crise d ' apoplexie face à sa conception affligeante de la femme, je vous épargnerai  ces humiliations. Si vous n' êtes pas trop sujets à la nausée, www.lapoesiequej'aime.net  peut vous en donner un aperçu ...

Vous pouvez vous procurer, pour 12.90 euros Toi et moi sur www.fnac.com et acquérir, pour 79.00 euros, sa photo en achat immédiat sur e-bay !

Cette photo, je vous la réservais en exclusivité, ainsi que cette  citation célèbre,  à méditer : "L'amour, c'est l' effort que font les hommes pour se contenter d' une seule femme".

.

Par Françoise
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Jeudi 1 février 2007 4 01 02 2007 13:50

  Comme chacun sait : la Chandeleur, c'est demain, le 2 février .

 Ancienne fête juive des "chandelles", la Chandeleur a été investie par les Chrétiens qui en ont fait la fête de la Présentation de Jésus au Temple - et de la purification de Marie, donc, 40 jours après Noël -  la quarantaine étant la durée traditionnelle de la mise à l' écart de tout être " impur " ... ( je rappelle aux jeunes écervelées ignorantes que l' accouchement est un acte impur qui oblige à une mise à l' écart de 40 jours au terme desquels une purification s' impose ...)

   Selon la coutume, Marie et Joseph sont donc venus au Temple présenter leur bébé et ils ont offert à Dieu deux colombes pour le remercier de leur avoir donné un fils... ( J 'imagine que pour une fille, ça devait être moitié prix ! )

 Ce que je préfère, dans cette belle histoire, c'est l' émerveillement du vieux Syméon devant l' Enfant  qu' il nomme " Lumière pour la révélation ".  Le vieux Syméon peut alors mourir en paix  :  "Maintenant, Maître, c'est en paix, comme tu l' as dit, que tu renvoies ton serviteur. "

Je ne doute pas que vous fassiez des crêpes demain, moi, je veux vous offrir, pour ce beau jour de la Chandeleur, le poème qui me trottera dans la tête, demain, toute la journée, mon poème de la Chandeleur , un poème du très peu chrétien et très dogmatique André Breton, que j' adore.

 

J ' ai devant moi la fée du sel

Dont la robe brodée d 'agneaux

Descend jusqu' à la mer

Et dont le voile de chute en chute irise toute la montagne

Elle brille au soleil comme un lustre d 'eau vive

Et les petits potiers de la nuit se sont servis de ses ongles sans lune

Pour compléter le service  à café de la belladone

Le temps se brouille miraculeusement derrière ses souliers d 'étoiles de neige

Tout le long d' une trace qui se perd dans les caresses de deux hermines

Les dangers rétrospectifs ont beau être richement répartis

Des charbons mal éteints au prunelier des haies par le serpent corail qui peut passer pour un très mince filet de sang coagulé

Le fond de l' âtre

Est toujours aussi splendidement noir

Le fond de l' âtre où j ' ai appris à voir

Et sur lequel danse sans interruption la crêpe à dos de primevères

La crêpe qu 'il faut lancer si haut pour la dorer

Celle dont je retrouve le goût perdu

Dans ses cheveux

La crêpe magique le sceau aérien

De notre amour

 

 

Par Françoise
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Samedi 3 février 2007 6 03 02 2007 09:26

Notre copine Péroline s' envole lundi pour Ouagadougou... Vous pourrez suivre ses aventures sur son blog répertorié dans les "blogs-amis" de la colonne de gauche.

Hier soir, nous nous sommes dit "au revoir", et avant son départ, je voulais lui dédier cette petite chanson d' Amélie-les-Crayons que j' ai un peu réécrite pour elle :

 

Si la terre est ronde

Tu n' auras qu' à tendre la main

Et dire : " A demain."

Si le ciel est grand

Comme le disent les enfants

Alors

On aura le même .

Si tes jours sont mes nuits

Je dormirai là-bas

Tu rêveras d' ici.

Alors j' ai même pas peur

De te voir partir

J' te fais même un sourire ...

Même pas peur.

Si dans les jardins

Des villes ou d' ailleurs

Il y a de des doux parfums

Si tu trouves une âme soeur

Même du bout du corps

Alors, ce sera bien .

 

Bon voyage, Péro !

Par Françoise
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Lundi 5 février 2007 1 05 02 2007 09:51

 Fidèles amis habitués du blog Wondermaman, vous n' avez pas été sans remarquer l' humeur poétique de la rédactrice ... Fin de l' hiver ? Emergence blogale du prof de Lettres ?  Malgré les protestations de Jean-Pierre qui dit ne rien comprendre à la poésie hermétique d' André Breton, je veux vous confier un autre poème de lui. ( de Breton ! bien sûr !...qu' alliez-vous imaginer ??? ) 

Toujours pour la première fois

C'est à peine si je te connais de vue

Tu rentres à telle heure de la nuit dans une maison oblique à ma fenêtre

Maison tout imaginaire

C'est là que d' une seconde à l' autre

Dans le noir intact

Je m' attends à ce que se produise une fois de plus la déchirure fascinante

La déchirure unique

De la façade et de mon coeur

Plus je m' approche de toi

En réalité

Plus la clé chante à la porte de la chambre inconnue

Où tu m' apparais seule

Tu es d 'abord tout entière fondue dans le brillant

L ' angle fugitif d 'un rideau

C 'est un champ de jasmin que j' ai contemplé à l' aube sur une route des environs de Grasse

Avec ses cueilleuses en diagonale

Derrière elles l' aile sombre tombante des plans dégarnis

Devant elles l' équerre de l' éblouissant

Le rideau invisiblement soulevé

Rentrent en tumulte toutes les fleurs

C ' est toi aux prises avec cette heure trop longue jamais assez trouble jusqu' au sommeil

Toi comme si tu pouvais être

La même à cela près que je ne te rencontrerai peut-être jamais

Tu fais semblant de ne pas savoir que je t 'observe

Merveilleusement je ne suis plus sûr que tu le sais

Ton désoeuvrement m' emplit les yeux de larmes

Une nuée d 'interprétations entoure chacun de tes gestes

C' est une chasse à la miellée

Il y a des rocking-chairs sur un pont il y  a des branchages qui risquent de t ' égratigner dans la forêt

Il  y a dans une vitrine rue Notre-Dame-de-Lorette

Deux belles jambes croisées prises dans de hauts bas

Qui s ' évasent au centre d 'un grand trèfle blanc

Il y a une échelle de soie déroulée sur le lierre

Il y a

Qu' à me pencher sur le précipice

De la fusion sans espoir de ta présence et de ton absence

J' ai trouvé le secret

De t' aimer

Toujours pour la première fois

C' est beau n' est-ce pas  ?

Mais passons aux choses sérieuses : le bébé d' hier n' a pas été découvert, et, pour la première fois, aucune proposition n'a été faite...Il est pourtant mignon, ce petit ! Voici donc un indice : il s 'agit d 'un bébé garçon. Bonne semaine à tous !

Par Françoise
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Mardi 6 février 2007 2 06 02 2007 09:07

Je sais, je sais, y ' en a qui vont hurler ! ...mais quand-même ! elles sont si belles, ces deux phrases de Proust sur la lecture ....

"Il n' y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré . Tout ce qui, semblait-il, les remplissait pour les autres et que nous écartions comme un obstacle vulgaire à un plaisir divin : le jeu pour lequel un ami venait nous chercher au passage le plus intéressant, l' abeille ou le rayon de soleil gênants qui nous forçaient à lever les yeux de la page ou à changer de place, les provisions de goûter qu 'on nous avait fait emporter et que nous laissions à côté de nous sur le banc, sans y toucher, tandis que, au-dessus de notre tête, le soleil diminuait de  force dans le ciel bleu, le dîner pour lequel il avait fallu rentrer et pendant lequel nous ne pensions qu' à monter finir, tout de suite après, la chapitre interrompu, tout cela, dont la lecture aurait dû nous empêcher de percevoir autre chose que l' importunité, elle en gravait au contraire en nous le souvenir tellement doux ( tellement plus précieux à notre jugement actuel que ce que nous lisions alors avec amour ) que, s' il nous arrive encore aujourd' hui de feuilleter ces livres d' autrefois, ce n ' est plus que comme les seuls calendriers que nous ayons gardés des jours enfuis, et avec l' espoir de voir reflétés sur leurs pages les demeures et les étangs qui n' existent plus."

Magnifique, n 'est-ce pas ?....

Pour les râleurs , je n' avais pas dit : juste deux PETITES phrases de Proust ... mais bien "deux  PHRASES "de Proust ! J ' avais prévenu !

Par Françoise
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Mardi 6 mars 2007 2 06 03 2007 14:18

Et me revoilà  !

Je suis rentrée de Paris hier soir, très très contente de mon séjour à la capitale parce que j' ai réussi à faire tout ce que j' avais programmé.

Samedi, nous avons visité le musée Picasso ( je dis " nous" parce que j' avais emmené un élève de Première L qui fait un T.P.E. ( Travail Personnel Encadré - pour les non-enseignants - ) sur Picasso. Nous étions enchantés. Ensuite, nous avons fait un petit tour dans le quartier juif et achété des bagels rue des Rosiers .   C ' était super ! Nous avons beaucoup marché, aperçu Notre-Dame, la Tour Eiffel et l' Hôtel de Ville. La Tour Saint Jacques était en travaux, ce qui ne m' a pas empêché de penser à Breton.

Parce que,  faut que je vous dise, pour moi, Paris est peuplé d ' écrivains que je me récite en marchant .  Dès la descente du train, je m' exclame, comme Rastignac ( dans Balzac ) : " A nous deux, Paris ! ". Je pense à Madame de Sévigné à l' hôtel de Salé, et comme c 'est le musée Picasso, j' invoque les mannes des Surréalites ; dans le quartier juif, bien sûr, j' écoute Cohen  dans ma tête (  pas Léonard ! Albert ! ) . Au pied de la tour Saint Jacques,  je me récite André  Breton : " A Paris la tour Saint Jacques chancelante  Pareille à un tournesol...)  , au Louvre, je relis mentalement le Da Vinci Code ; à Notre-Dame ...je vous laisse deviner... ; je me promène avec Proust aux Tuileries et au rond point des Champs Elysées, ; et lorsque je reprends le train, je repars avec André Breton  :

Tournesol

La voyageuse qui traversa les Halles à la tombée de l' été

Marchait sur la pointe des pieds

Le désespoir roulait au ciel ses grands arums si beaux

Et dans le sac à main il y avait mon rêve ce flacon de sels

Que seule a respirés  la marraine de Dieu

Les torpeurs se déployaient comme la buée

Au Chien qui fume

Où venaient d 'entrer le pour et le contre

La jeune femme ne pouvait être vue d ' eux que mal et de biais

Avais-je affaire à l' ambassadrice du salpêtre

Ou de la courbe blanche sur fond noir que nous appelons pensée

Le bal des innocents battait son plein

Les lampions prenaient feu lentement dans les marronniers

La dame sans ombre s ' agenouilla sur le Pont au Change

Rue Gît-le-Coeur les timbres n' étaient plus les mêmes

Les promesses des nuits étaient enfin tenues

Les pigeons voyageurs les baisers de secours

Se joignaient aux seins de la belle inconnue

Dardés sous le crêpe des significations parfaites

Une ferme prospérait en plein Paris

Et ses fenêtres donnaient sur la voie lactée

Mais personne ne l' habitait encore à cause des survenants

Des survenants qu' on sait plus dévoués que les revenants

Les uns comme cette femme ont  l ' air de nager

Et dans l' amour il reste un peu de leur substance

Elle les intériorise

Je ne suis le jouet d 'aucune puissance sensorielle

Et pourtant le grillon qui chantait dans les cheveux de cendre

Un soir près la statue d ' Etienne Marcel

M' a jeté un coup d 'oeil d' intelligence

André Breton a-t-il dit passe

C' est, je crois, mon poème parisien préféré car je peux le promener partout .

Donc, après le Chatelet, nous sommes allés au Forum des Halles, à la FNAC, puis nous avons remonté la rue de Rivoli, sommes descendus dans la Pyramide du Louvre - j' adore le Louvre, parce qu' en plus des écrivains, il y a tous mes copains d' art  : la Joconde, la Victoire de Samothrace, la Vénus de Milo, les Noces de Cana, Saint Jean-Baptiste et le Sarcophage des époux et plein  d 'autres encore, et même si je n' ai pas le temps de leur rendre une petite visite, je les sens tous là, tout près... Remontés de la Pyramide, rue de Rivoli, les jardins des Tuileries, la Concorde... Et là, métro pour ramener Florian à la gare.

Ensuite, je suis repartie chez Houcine , dans le XVII ème. J' adore le XVIIème, parce que c ' est un quartier vivant et très mélangé . Là, j' ai  fait le ménage tout le dimanche . Surtout,  je suis allée à la laverie . Ca, c' est génial. J' adore la laverie. Si j' étais une grande cinéaste, je ferais un film sur la laverie...le monsieur Africain qui médite en regardant tourner son linge ; les pauvres femmes blanches ou beures, visiblement très pauvres, qui s ' entraident pour plier les draps et me font des sourires timides ;  les mamas africaines aux bébés dans le dos , placides, qui jacassent et bavardent, si belles, avec leurs grands boubous. Là, je pensais à Péroline, j ' étais à Ouagadougou. Des  petits gamins courent partout et grimpent dans les sèche-linge ... moi, je suis verte : " Ils  vont se faire mal, c' est dangereux..." Et la mère africaine, placide, s 'interrompt à peine pour leur jeter un cri . J 'aime la laverie où on parle toutes les langues, les Slovaques, les Arabes ...et je m' amuse parce que je comprends presque tout ce qu 'ils disent dans leur mélange franco-arabe ou franco-slave... On échange de la monnaie, je dois avoir l' air un peu perdue car plusieurs personnes me proposent leur aide. Bref, je passe là 2 heures charmantes...

Le repassage et la fin du ménage après, c 'est moins charmant, mais à l' idée de faire une bonne surprise à Houcine, je suis heureuse. Je change le pommeau de douche, je lui remplis frigo et étagères de petites gâteries ... C 'est trop bien.

Houcine est rentré dimanche soir de Francfort. Il était tout heureux . Moi aussi.

Lundi, nous sommes allés déjeuner chez mon oncle Bernard et ma tante Martine, saumon suédois et pommes de terre à la sauce Ikéa. Martine avait fait une tarte aux pommes. On était trop contents de se voir . Et puis, Houcine a dû partir, et moi, j' ai dû reprendre le métro pour Austerlitz. Oh la bonne odeur du métro parisien ! l' asphalte noir qui brille de grains de mica... les rats qui courent entre les rails, le " ting"   des portes qui se ferment... toute la poésie de Paris. Je respire à fond pour m' en pénétrer tout entière et en ramener un peu dans moi... dans 1/4 d ' heure, je serai dans le train et dans trois heures, je retrouverai ma maison, mes chats, ma campagne, mon repos... Je suis un peu triste . Je suis un peu fatiguée. Je suis quand-même un peu contente de rentrer chez moi. Je calcule déjà : quand est-ce que je peux revenir ? Si tout va bien, peut-être en mai ou juin, ou cet été ?

La prochaine fois, j' irai au musée des Arts Premiers, quai Branly...

Le train roule. Je rentre dans ma campagne.... 

 

Par Françoise
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Lundi 30 avril 2007 1 30 04 2007 09:36

Eh bien, c 'est gagné : je n' ai plus mal.

Grâce aux bons soins de la rhumatologue, du kiné, et grâce à l' inventeur du Cortancyl, je n' ai plus mal.

Je cherche ma douleur et ne la trouve plus.

Je cherche bien .... un peu, là ? - Non . Et mes doigts ? - Ils bougent, ils s 'écartent... Et la nuit ? -  Je dors et me tourne ...  Et les mouvements ?  - Ils sont encore un peu sous surveillance - par habitude - mais je sens bien que je pourrais bouger librement, seulement, je n' ose pas . J' ai perdu l' habitude... 

Au secours ! ma douleur , où es-tu ? - Silence ....

Moi qui me suis si souvent récité Baudelaire , vais-je devoir l 'oublier ?

Recueillement

Sois sage , ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :

Une atmosphère obscure enveloppe la ville,

Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

 

Pendant que des mortels la multitude vile,

Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,

Va cueillir des remords dans la fête servile,

Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

 

Loin d' eux. Vois se pencher les défuntes Années ,

Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;

Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

 

Le Soleil moribond s 'endormir sous une arche,

Et, comme un long linceul traînant à l ' Orient,

Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Par Françoise
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Vendredi 15 juin 2007 5 15 06 2007 14:05

Olympe-de-Gouges.jpg   Je vous l' avais promis, voici un article sur ma grande copine Olympe de Gouges, effectivement peu connue, hélas, reléguée soigneusement dans l' oubli parce que femme, pensante, trop humaniste et trop en avance sur son temps, ça faisait beaucoup, suffisamment trop pour qu' elle soit guillotinée le 3 novembre 1793, grâce à Robespierre qui ne pouvait en supporter autant . Elle avait 45 ans .

Olympe de Gouges est née en 1748, à 17 ans, elle est veuve et mère d'un petit garçon ...  elle prend alors le  pseudonyme d' Olympe de Gouges  ( son  mari n' était que "Gouze" et la particule, ça faisait mieux , quand même ... personnellement, j' aime bien un certain snobisme...)

Elle monte alors à Paris,  se trouve un riche amant - qu' elle refusera toujours d' épouser ( pourtant, il s' appelait Jacques Biétrix de Rosières ! ) mais elle avait pris goût à sa liberté. 

A partir de 1786, elle s' engage contre l' esclavage, contre la peine de mort - c'est ce qui lui vaudra la guillotine : elle s' était opposée à l' exécution de Louis XVI - . Féministe, pacifiste , elle s' insurge contre la misère, contre le racisme, lutte pour les droits des personnes âgées, des veuves, comme une autre de mes  copines, sainte Françoise Romaine .  

Elle écrit en 1791 La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne  dont je vous recopie quelques extraits bien connus de mes élèves qui présentent ce texte au bac cette année :

" Homme, es-tu capable d' être juste ? C 'est une femme qui t' en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit . Dis-moi ? qui t ' a donné le souverain empire d' opprimer mon sexe ? ta force ? tes talents ? (...) Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l' ignorance la plus crasse, l' homme veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles (...) 
Les mères, les filles, les soeurs, représentantes de la nation , demandent à être constituées en assemblée nationale. Considérant que l' ignorance, l' oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, elles ont résolu d'exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme (...)
En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l' Etre suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne ..."

( petite précision utile pour les hommes : " être suprême", ici, signifie "Dieu" et non pas "être masculin"...)

"La femme naît libre et demeure égale à l' homme en droits (...) Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales ; la femme a le droit de monter sur l' échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ..."

Une telle insolence ne pouvait que la conduire, non pas à ladite tribune, mais bien à l' échafaud ! A méditer ...

Par Wondermaman
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Lundi 13 août 2007 1 13 08 2007 15:08
Je vous disais, il y a quelques jours, que je suis en train de lire  le Mémoire de Maîtrise en Théologie de Jacqueline, et c ' est vraiment plus qu' intéressant. En ce début de semaine, je ne puis résister au plaisir de vous livrer quelques extraits que j' ai particulièrement appréciés, sur la responsabilité.

" La capacité de responsabilité donne le devoir de responsabilité. Cette capacité repose sur la faculté de choisir entre les alternatives de l' action. Elle est donc complémentaire de la liberté. (...) Je suis responsable de quelque chose devant une instance, ma conscience ; et je suis responsable des conséquences de mon agir sur l' être que mon agir affecte - à condition que cet être ait une valeur. Comme valeur, il a un "droit sur moi" : je suis responsable de lui devant lui . (...) La responsabilité pour chaque homme d' en sauver un autre, donc de maintenir ou de restaurer les conditions de sa survie physique, a son fondement dans la valeur de cet autre, valeur dont il vaut mieux qu' elle soit plutôt que de ne pas être. Dans la pratique, je suis responsable de celui qui relève de ma sphère d' action ( par hasard ou par mon choix ) et d' autant plus qu' il est vulnérable. En résumé, je suis responsable parce que je suis capable de l' être, étant libre de mes choix ; et ce dont je suis responsable est ce qui a de la valeur et qui doit continuer à être. Quant à l' ampleur de notre responsabilité, elle est fonction de notre puissance, qui se mesure aussi à l' extension de ses effets dans l' avenir. (...) L' homme est le seul être connu de nous qui puisse avoir une responsabilité , critère distinctif de l' essence humaine. (...) Autrui me requiert par son visage, me réclame, m' interdit de le tuer, me rend responsable de lui dans toute situation où sa mort se profilerait."

Je me demandais, l' autre jour, ce qui me différenciait d' un gourami bleu, et je me posais des questions sur l' âme . Je crois avoir trouvé là ma réponse : je ne vaux ni mieux ni moins que mon gourami, ma vie vaut sa vie, ni plus ni moins. Mais ce que j' appelais " âme" , c' est peut-être ce que , maintenant, je peux appeler " responsabilité " : je suis responsable de mon gourami parce que je peux choisir ( à peu près ) librement mes actes, il fait partie des êtres que mon agir affecte, je suis responsable de lui devant ce que j' appelle " ma conscience " ( notion à définir plus clairement ), il relève de ma sphère d' action, il est vulnérable et je reconnais sa valeur. Le contraire ne me semble pas possible : mon gourami ne choisit pas librement ses actes, je ne relève pas de sa sphère d' action, il ne mesure pas les effets dans l' avenir. 

Demain, je vous livrerai la suite, qui concerne la souffrance. C' est passionnant aussi.

Ne vous inquiétez pas outre mesure : tout cela ne m' a pas empêché de passer, hier, une excellente journée avec un ami très cher , de déguster  un délicieux  gateau au chocolat, et d' aller danser hier soir à la guinguette du canal avec Jean-Pierre, en me délectant  d' une " grillade-frites" !

Bisous à tous !
Par Wondermaman
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Mardi 21 août 2007 2 21 08 2007 15:20
J' avance, lentement mais sûrement dans la lecture du Mémoire de Jacqueline sur le Salut et je vous avais promis de vous livrer quelques réflexions sur la souffrance .
 "Une réflexion sur le salut, écrit Jacqueline, ne peut ignorer parmi les sources du mal, la maladie et plus généralement la douleur. (...) La souffrance est une donnée de la conscience qu' on ne peut pas assumer. Elle est subie : c 'est une épreuve. Elle dégrade l' homme en portant atteinte à sa liberté, limitée par la douleur, mais elle fait pire : elle rend la vie absurde. Et l' angoisse ajoute à la cruauté du mal . (...) La souffrance est appel à l' aide, au secours curatif, au secours de l' autre moi dont l' altérité, dont l' extériorité promettent le salut. (...) Quand la maladie ne menace pas à l' instant la vie, la souffrance, inutile, en ôte tout le sens si bien que le soulagement constitue une expérience de salut, est salut, accordé ici bas par un autre, homme ou femme. Se fait alors jour aussi l' existence d' une autre souffrance, juste, celle qui porte les hommes à soulager la souffrance injustifiable d' autrui. Il y a là un devoir si impérieux qu' il n' est pas possible d 'attendre l' intervention d' un Dieu tout puissant. Au contraire, la conscience de cette obligation rapproche de Dieu. Une telle éthique contemporaine refuse de considérer la souffrance comme une épreuve à supporter, dont pourrait jaillir comme récompense divine un salut personnel situé au ciel dans une autre vie. Ce serait d' ailleurs dire que le ciel teste l' homme par le malheur, autrement dit acquiesce au mal, ce qu' on ne peut croire d' un Dieu bon . " ( C'est moi qui souligne. )
Jacqueline dénonce ensuite les vieilles idées reçues de la "souffrance comme sanction pour régénérer un individu malfaisant " , les souffrances inutiles des guerres, crimes, oppressions des faibles ou fléaux naturels. Il n' y a pas d' explications au scandale du mal dans le péché originel, ni dans la foi en un avenir meilleur, ni en une récompense finale.Elle souligne le "caractère injustifiable de la souffrance et le scandale que ce serait de la justifier . (...) Chacun est requis par la souffrance de l' autre à employer ses ressources, sa compassion, son amour, sans souci de réciprocité (...) Chacun, s 'il le peut, doit sauver , il doit le pouvoir en trouvant les moyens techniques, médicaux, sociaux, politiques. Celui qui a besoin de salut doit recourir au secours des autres. " 
Elle rappelle ensuite que : " c'est par les armes qu' on a mis fin par exemple aux crimes nazis, avec tous les dégats "collatéraux" sur des populations a priori innocentes, et non en convainquant les criminels par l' amour ou la raison, mais dans la perspective chrétienne, les victimes sacrifiées ne restent pas sans délivrance. L' absurdité n' y est pas expliquée, ni cachée, ni approuvée religieusement, mais elle n' y a pas le dernier mot. Le croyant sacrifié espère en Dieu et croit en son salut."

Ce qui me semble important, surtout pour ceux d' entre nous qui sont très "fâchés" contre la religion ou sont restés sur d' antiques idées fausses, c' est de rappeler que pour tout chrétien contemporain, la souffrance est inacceptabe, injustifiable, elle n' expie rien et ne promet rien . Par contre, chacun est appelé à lutter et agir pour soulager l' autre, hélas même, cas extrème et éminemment discutable, par les armes... ce qui me rappelle une expérience vécue au Sénégal chez les Soeurs de Ngazobil. 

La région n' était pas sûre, la présence de " bandits " nous obligeait à être très prudents et à fermer les portes de la Mission le soir. Je m' aperçus une nuit que la Mère Supérieure était armée ( elle avait sorti le fusil, et  même tiré , ce qui m' avait réveillée . ) Je suis descendue et, une fois le danger écarté et le calme revenu, je discutai longuement dans la nuit noire avec la Mère sur le problème du Mal . Je finis par lui demander : " Ma Mère, vous auriez vraiment tiré sur ces hommes  ? Vous auriez vraiment tué ?  Et le sixième commandement ? " . Elle me répondit très paisiblement : " Vous êtes là, et toutes les petites filles de la Mission, et mes Soeurs, je me dois de vous protéger , oui, j' aurais tiré, et sans hésiter, pour vous sauver . Maintenant, prions pour eux".  - les "bandits"  - 

Attention ! N' y voyez aucun " jésuitisme " ! La bonne question est celle des limites qu' on se pose , mais là, un peu de bon sens suffit, c 'est ce qu'a rappelé la simple et pragmatique Soeur à l' intellectuelle débile que j' étais.

Par Wondermaman
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