Aujourd' hui, je laisserai la parole à Martine , de retour d' Irlande . Elle a accepté de partager avec nous ses impressions et de nous montrer
les magnifiques photos qu' elle a prises.
De tout coeur : merci !

"Me voici donc de retour d ' Irlande.
Difficile de savoir par où commencer.
Je pourrais tenter de décrire les paysages, entre terre, verdure, roche et mer, la mer toujours très proche, pour pêcher, rarement pour se baigner, l' eau est froide, et pour partir, vers d'
autres horizons, pour fuir la misère, mais je vous reparlerai de tout cela.
Commençons par les Irlandais d' aujourd' hui : ils sont très chaleureux. C' est un peuple très pieux, on se signe souvent en passant devant un
lieu religieux, les églises sont pleines le dimanche, foi ancienne et profonde grâce à Saint Patrick qui christianisa les Celtes et se servit du trèfle pour expliquer la Sainte Trinité. Saint
Patrick venait d' Angleterre et fut enlevé enfant par des pirates qui l' élevèrent, mais, poussé par un appel divin, il s' enfuit au bout de plusieurs années pour accomplir sa
mission.
Les Irlandais sont très fiers de leur nation, une jeune nation, née en 1921, après les luttes sanglantes avec les Anglais. Il faut dire que les
Anglais les ont longtemps privés de leurs terres, de leurs richesses, de leur culture en voulant leur imposer le Protestantisme. Ils ont longtemps fait les frais de cette domination, en
particulier lors de la terrible famine de 1845-1848 ( le mildiou, or les Irlandais ne mangeaient que des pommes de terre ) . Les Irlandais sont morts par milliers, soit en quittant l' Irlande
vers l' Amérique sur des "bateaux-cercueils", soit en restant sur leur sol, à gagner un penny par jour et un bol de soupe pour épierrer une minuscule parcelle de terre et tenter d' y faire
pousser quelque chose. Aujourd' hui encore, on peut voir dans le Connemara ces murets de la misère que les Irlandais conservent par respect, des kilomètres de petits murets pour repousser la
mort, c' est bouleversant.
Les Irlandais préservent jalousement leur culture, il y a énormémént de spectacles dansés et chantés dans lesquels ils racontent le passé, par
exemple celui des îles d' Aran , où on vivait de la pêche, mais où on était loin de tout, du médecin par exemple.

Les femmes tricotaient, avec ces superbes points irlandais que chacun connaît, mais si chaque famille avait son propre point, c' est parce
qu' il fallait bien pouvoir reconnaître à son pull le mari, le frère ou le fils que la mer avait quelquefois emporté et ne rendait que longtemps après. Ca aussi, c' est bouleversant, et bien loin
du folklore.

Les jeunes Irlandais apprennent obligatoirement dans leur scolarité la deuxième langue officielle du pays, le gaélique, qui m' a fait penser
au breton. L' été ils sont accueillis dans des régions où le gaélique est couramment parlé, ils sont dans des familles, ont des cours le matin, et apprennent danses de claquettes
traditionnelles et musique l' après-midi. Ils aiment beaucoup leur pays, les générations se rapprochent ainsi.


Les Irlandais sont aussi de bons vivants, très gais notre chauffeur chantait beaucoup. En témoignent les pubs, où on boit beaucoup, de la Guiness,
paraît-il prescrite par les médecins..., du cidre.On y écoute de la musique.

Les pubs sont faits de multiples recoins, parfaits pour les amoureux. C' est souvent une décoration hétéroclite : vieux instruments de musique,
vieille caisse enregistreuse, paires de bottines du temps jadis, râteau, publicité pour le whisky et j' en passe. Parfois on y vend de la quincaillerie ou on y répare les vélos !

Voilà tout ce que j' ai aimé chez eux : ce mélange de piété et de paillardise, de légèreté et de gravité, cet élan vers la modernité ( il y a des chantiers partout, les grandes firmes informatiques s' y installent ...) , et ce passé lourd et douloureux qui ne les quitte jamais.

Evidemment, il y a des côtés moins gais, le poids de l' Eglise, notamment en matière de contraception qui, même autorisée, n' est pas forcément si
bien répandue. L' avortement est interdit, sauf, mais c' est extrêmement récent, en cas de viol ou d' inceste. Les couvents fermés depuis les années 70 seulement, où on enfermait les jeunes
filles mères ou celles qui ne trouvaien pas de mari, filles ou femmes de la honte qu' on préférait ne pas voir et qui passaient toute leur vie enfermées. On ne les "sortait" qu' une fois par an
dans les rues où elles étaient conspuées par la foule bien pensante des croyants. Il faut voir le film Magdalena Sisters qui raconte leur calvaire.
Mais sur le plan social, 4 % seulement de chômage et une délinquance quasi nulle.

Voilà quelques premières impressions . Ceux qui aiment la Bretagne, le Finistère peuvent imaginer un peu les côtes de la lande irlandaise. Je n'
étais pas spécialement fan de Michel Sradou, mais traverser le Connemara en écoutant sa chanson m' a tiré les larmes, c' était vraiment ça, la terre et le peuple irlandais.
J' ignore si une partie de notre âme est plus attachée à un coin de notre Terre qu' à un autre, mais j' ai senti en Irlande un souffle familier ,
celui de la Bretagne de mon grand-père que j' aimais tant et qui ne m' a pas quittée du séjour.
J' arrête ici, il y aura peut-être une suite, au gré des souvenirs ... "