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2007-08-21T13:20:00+02:00

Souffrance et salut

Publié par Wondermaman
J' avance, lentement mais sûrement dans la lecture du Mémoire de Jacqueline sur le Salut et je vous avais promis de vous livrer quelques réflexions sur la souffrance .
 "Une réflexion sur le salut, écrit Jacqueline, ne peut ignorer parmi les sources du mal, la maladie et plus généralement la douleur. (...) La souffrance est une donnée de la conscience qu' on ne peut pas assumer. Elle est subie : c 'est une épreuve. Elle dégrade l' homme en portant atteinte à sa liberté, limitée par la douleur, mais elle fait pire : elle rend la vie absurde. Et l' angoisse ajoute à la cruauté du mal . (...) La souffrance est appel à l' aide, au secours curatif, au secours de l' autre moi dont l' altérité, dont l' extériorité promettent le salut. (...) Quand la maladie ne menace pas à l' instant la vie, la souffrance, inutile, en ôte tout le sens si bien que le soulagement constitue une expérience de salut, est salut, accordé ici bas par un autre, homme ou femme. Se fait alors jour aussi l' existence d' une autre souffrance, juste, celle qui porte les hommes à soulager la souffrance injustifiable d' autrui. Il y a là un devoir si impérieux qu' il n' est pas possible d 'attendre l' intervention d' un Dieu tout puissant. Au contraire, la conscience de cette obligation rapproche de Dieu. Une telle éthique contemporaine refuse de considérer la souffrance comme une épreuve à supporter, dont pourrait jaillir comme récompense divine un salut personnel situé au ciel dans une autre vie. Ce serait d' ailleurs dire que le ciel teste l' homme par le malheur, autrement dit acquiesce au mal, ce qu' on ne peut croire d' un Dieu bon . " ( C'est moi qui souligne. )
Jacqueline dénonce ensuite les vieilles idées reçues de la "souffrance comme sanction pour régénérer un individu malfaisant " , les souffrances inutiles des guerres, crimes, oppressions des faibles ou fléaux naturels. Il n' y a pas d' explications au scandale du mal dans le péché originel, ni dans la foi en un avenir meilleur, ni en une récompense finale.Elle souligne le "caractère injustifiable de la souffrance et le scandale que ce serait de la justifier . (...) Chacun est requis par la souffrance de l' autre à employer ses ressources, sa compassion, son amour, sans souci de réciprocité (...) Chacun, s 'il le peut, doit sauver , il doit le pouvoir en trouvant les moyens techniques, médicaux, sociaux, politiques. Celui qui a besoin de salut doit recourir au secours des autres. " 
Elle rappelle ensuite que : " c'est par les armes qu' on a mis fin par exemple aux crimes nazis, avec tous les dégats "collatéraux" sur des populations a priori innocentes, et non en convainquant les criminels par l' amour ou la raison, mais dans la perspective chrétienne, les victimes sacrifiées ne restent pas sans délivrance. L' absurdité n' y est pas expliquée, ni cachée, ni approuvée religieusement, mais elle n' y a pas le dernier mot. Le croyant sacrifié espère en Dieu et croit en son salut."

Ce qui me semble important, surtout pour ceux d' entre nous qui sont très "fâchés" contre la religion ou sont restés sur d' antiques idées fausses, c' est de rappeler que pour tout chrétien contemporain, la souffrance est inacceptabe, injustifiable, elle n' expie rien et ne promet rien . Par contre, chacun est appelé à lutter et agir pour soulager l' autre, hélas même, cas extrème et éminemment discutable, par les armes... ce qui me rappelle une expérience vécue au Sénégal chez les Soeurs de Ngazobil. 

La région n' était pas sûre, la présence de " bandits " nous obligeait à être très prudents et à fermer les portes de la Mission le soir. Je m' aperçus une nuit que la Mère Supérieure était armée ( elle avait sorti le fusil, et  même tiré , ce qui m' avait réveillée . ) Je suis descendue et, une fois le danger écarté et le calme revenu, je discutai longuement dans la nuit noire avec la Mère sur le problème du Mal . Je finis par lui demander : " Ma Mère, vous auriez vraiment tiré sur ces hommes  ? Vous auriez vraiment tué ?  Et le sixième commandement ? " . Elle me répondit très paisiblement : " Vous êtes là, et toutes les petites filles de la Mission, et mes Soeurs, je me dois de vous protéger , oui, j' aurais tiré, et sans hésiter, pour vous sauver . Maintenant, prions pour eux".  - les "bandits"  - 

Attention ! N' y voyez aucun " jésuitisme " ! La bonne question est celle des limites qu' on se pose , mais là, un peu de bon sens suffit, c 'est ce qu'a rappelé la simple et pragmatique Soeur à l' intellectuelle débile que j' étais.

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V
Le bon sens de la Mère supérieure me bluffe. Je me demande ce que je serai capable de faire si j'étais agressée. A l'impossible nul n'est tenu, ni à la perfection sur Terre ! Mais protéger ceux qui sont dans notre sphère d'action est, comme tu l'as si bien dit, une question de responsabilité.Merci pour ta catégorie "Attention! Danger! Tendance intello!"
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