Au lycée, dans la salle des profs, nous avons une charmante petite cafétéria dont Maryline ( LA Maryline des haïkus ! ) s' occupe .
Comme elle est une mère pour nous, elle prend soin de nous approvisionner en café , thés divers , tisanes variées, jus de fruits, petits gateaux en tous genres et même, quand on a été bien sages et qu' une fête se profile à l' horizon du calendrier, elle nous fait des chocolats ou autres douceurs ...
Depuis quelques temps, soucieuse de notre diététique, Maryline propose également des fruits et des compotes, dont la célèbre "Pom'pote" dont la particularité réside dans un conditionnement quelque peu spécial : un genre de sachet hermétique en plastique souple et coloré sur lequel est rivé un bouchon que le consommateur doit dévisser afin d' introduire l' embout entre ses lèvres pour aspirer la compote . On peut aussi appuyer sur le sachet pour faire glisser la compote dans la bouche ou téter le tube.
Or , figurez-vous que j' ai - bien involontairement - choqué deux de mes éminents collègues et , paraît-il, attiré les regards quasi réprobateurs d' autres enseignants présents en déclarant, vendredi dernier à 15h 30 : " Moi, dans cette compote, ce que je préfère, c' est la sensation qu' elle procure quand on la sent glisser sur la langue . "
Horreur ! Silence consterné . Détournements d' yeux gênés - m' a-t-on dit - car dans mon enthousiasme sur la "Pom'pote",je n' avais rien remarqué.
Voilà, j' ai avoué mon crime, confessé mon péché et je me récite Saint Augustin :
"Mon Dieu, voici mon coeur devant vous : voici mon coeur dont il vous a plu avoir pitié lorsqu'il était dans le profond de l' abîme. Qu' il vous dise maintenant ce qu' il recherchait dans cette action, ce qui le portait à se rendre coupable gratuitement et sans avoir aucun sujet de malice que sa malice même. Car j' ai aimé cette malice toute honteuse qu' elle était ; j' ai aimé à me perdre ; j' ai aimé mon péché ...Etrange corruption de l' âme ... qu'elle ne fait pas seulement pour satisfaire sa passion des choses honteuses et infâmes, mais qu' elle trouve sa propre satisfaction dans sa honte même et son infamie."
Car c' est bien là le problème : j' aime bien sentir la Pom'pote s'introduire dans ma bouche, j' aime bien lécher la petite cuillère trempée dans le chocolat ou la confiture, j' aime bien, lorsque je fais un gateau, glisser mon doigt sur les parois du saladier et le sucer, et même avoir du chocolat jusqu' au bout du nez.
J' espère, pour mes deux respectables collègues qu' ils ne passent pas à côté de ces délicieux petits plaisirs de la vie , sinon, c'est trop triste !
Mais en fait, où réside la faute : dans l' acte commis ou dans le fait de l' avoir reconnu à haute et intelligible voix ?
Je crois que j' ai compris : la prochaine fois je savoure en silence et, reine de l' hypocrisie, je ne dis rien à personne. Et si quiconque ose exprimer pareilles obscènités, je prendrai l' air scandalisé. Quelle horreur !
Comme elle est une mère pour nous, elle prend soin de nous approvisionner en café , thés divers , tisanes variées, jus de fruits, petits gateaux en tous genres et même, quand on a été bien sages et qu' une fête se profile à l' horizon du calendrier, elle nous fait des chocolats ou autres douceurs ...
Depuis quelques temps, soucieuse de notre diététique, Maryline propose également des fruits et des compotes, dont la célèbre "Pom'pote" dont la particularité réside dans un conditionnement quelque peu spécial : un genre de sachet hermétique en plastique souple et coloré sur lequel est rivé un bouchon que le consommateur doit dévisser afin d' introduire l' embout entre ses lèvres pour aspirer la compote . On peut aussi appuyer sur le sachet pour faire glisser la compote dans la bouche ou téter le tube.
Or , figurez-vous que j' ai - bien involontairement - choqué deux de mes éminents collègues et , paraît-il, attiré les regards quasi réprobateurs d' autres enseignants présents en déclarant, vendredi dernier à 15h 30 : " Moi, dans cette compote, ce que je préfère, c' est la sensation qu' elle procure quand on la sent glisser sur la langue . "
Horreur ! Silence consterné . Détournements d' yeux gênés - m' a-t-on dit - car dans mon enthousiasme sur la "Pom'pote",je n' avais rien remarqué.
Voilà, j' ai avoué mon crime, confessé mon péché et je me récite Saint Augustin :
"Mon Dieu, voici mon coeur devant vous : voici mon coeur dont il vous a plu avoir pitié lorsqu'il était dans le profond de l' abîme. Qu' il vous dise maintenant ce qu' il recherchait dans cette action, ce qui le portait à se rendre coupable gratuitement et sans avoir aucun sujet de malice que sa malice même. Car j' ai aimé cette malice toute honteuse qu' elle était ; j' ai aimé à me perdre ; j' ai aimé mon péché ...Etrange corruption de l' âme ... qu'elle ne fait pas seulement pour satisfaire sa passion des choses honteuses et infâmes, mais qu' elle trouve sa propre satisfaction dans sa honte même et son infamie."
Car c' est bien là le problème : j' aime bien sentir la Pom'pote s'introduire dans ma bouche, j' aime bien lécher la petite cuillère trempée dans le chocolat ou la confiture, j' aime bien, lorsque je fais un gateau, glisser mon doigt sur les parois du saladier et le sucer, et même avoir du chocolat jusqu' au bout du nez.
J' espère, pour mes deux respectables collègues qu' ils ne passent pas à côté de ces délicieux petits plaisirs de la vie , sinon, c'est trop triste !
Mais en fait, où réside la faute : dans l' acte commis ou dans le fait de l' avoir reconnu à haute et intelligible voix ?
Je crois que j' ai compris : la prochaine fois je savoure en silence et, reine de l' hypocrisie, je ne dis rien à personne. Et si quiconque ose exprimer pareilles obscènités, je prendrai l' air scandalisé. Quelle horreur !