Les forains ont commencé à arriver en début de semaine, insidieusement, on ne s' aperçoit de rien. Et puis, mercredi, c' est la panique : les
manèges s' installent, ils sont partout, impossible de circuler... Jeudi, ça s' arrange un peu et vendredi, c' est carrément le calme, avant la tempête ...
La tempête éclatera cet après-midi, tempête sonore, lumineuse, odorante, et ce soir, je m' endormirai bercée par le "boum boum " si grave de la pieuvre tentaculaire au bout de ma rue.
J' aime bien les Foires d' Orval et ce coeur battant rassurant.
J' aime bien les manèges, le bruit, les couleurs, la lumière, la fête , les cris des enfants et des adolescents hystériques, et les odeurs sucrées des barbes à papa et des pralines.
Lundi, j' adorerai les parfums d' oignons, de merguez, d' andouillettes, de frites et de ketchup et je me prépare déjà aux grands dilemnes : merguez ou andouillette ? avec oignons, c' est sûr, et sûrement kechup en plus. Il faut que ça dégouline, ça fait partie du jeu . Et des marrons pour me réchauffer les doigts .
Combien de gaufres à la Chantilly vais-je m' accorder ? Une par jour ? Et j' aurai de la Chantilly jusqu' au bout du nez ... j' en connais qui seront scandalisés et j' en connais qui aimeraient bien y plonger tout le museau...
J' aime bien regarder, parce que sur les manèges, je n' y monte pas. J' ai toujours été terrorisée, mais j' aime bien entendre hurler les autres, de plaisir et de peur et les regarder, surtout, les voir heureux.
Lundi, j' irai écouter les boniments salaces du marchand de chaussettes qui nous expliquera " comment on les enfile", je ferai provision de torchons ( cette année, c' est torchons, chaque année je cible : chaussettes, mouchoirs, torchons ...) . Je "ferai la Foire" en bavant devant des tas de cochonneries inutiles et laides. Jean-Pierre m' offrira sûrement des nougats.
Lundi, je boirai trop : les "petits blancs" de Touraine, je les goûterai tous, et je penserai à tous ceux avec qui j' ai trinqué les lundis de Foires et avec qui je ne trinquerai plus. On buvait à notre santé, sans y penser, puis à la santé des enfants, puis à la réussite des enfants, et à la santé des petits-enfants, puis, à leur santé à eux, les grands-parents . Maintenant, je bois à leur souvenir, chers monsieur et madame Trotignon, vieux monsieur Poirier, vous tous, fantômes si légers . Aux Foires d' Orval, je croise beaucoup de morts, sans tristesse : ils sont là, tous.
J' arriverai au lycée "toute gaite" - comme on dit ici - pour les réunions de mi-trimestre où on tentera d'assassiner quelques malheureux élèves que je n' aurai même pas envie d' accabler.
Malheureusement, je serai en stage mercredi et jeudi : deux gaufres-Chantilly ratées !
Mais pour le dernier week-end des Foires, je me rattaperai : débauche de flons-flons et de fanfares, brocante, gaufres, bien sûr !
Je chercherai l' objet le plus laid de la brocante et je le filmerai.
J' irai acheter une petite miniature de parfum pour ma collection, une par an, chaque année, c' est rituel, à la même "marchande".
Je feuilletterai les vieux livres en quête d 'introuvables possibles, je retrouverai des souvenirs d' enfance , les "Club des Cinq", la bibliothèque rose, ou verte. Jean-Pierre, lui, soupèsera les vieux outils rouillés. Je dirai " Bonjour" à plein de gens et on échangera les nouvelles avant l' hiver, ça sert aussi à ça, les Foires : dernière sortie mondaine avant l' hibernation.
Certaines années, j' ai fait la brocante et j' ai de bons souvenirs . La moitié de Saint Amand regarde passer l' autre. J' ai vendu mes coloquintes, des vieilleries, des potirons, il y eut l' année des petites voitures du papa de Marie-Christine, et celle où je me fis draguer si fort par un brocanteur que je vis arriver mes deux enfants, Houcine ayant été prévenu par sa soeur. Il venait me chercher : " On rentre à la maison ? " - Jean-Pierre était en Gambie, mais les deux gardes du corps veillaient....- Il y eut l' année avec Jacqueline, et l' année où j' ai pris froid.
Le dernier dimanche des Foires, je passerai au milieu des manèges en pensant à mes longues stations debout à regarder tourner mes enfants, à faire "Coucou" de la main à chaque tour, à applaudir quand ils décrochaient "la queue de Mickey", à me geler les pieds et à tousser, souvent à me sentir très seule, quand Jean-Pierre était de garde à la clinique ou en domiciles parce que la muciviscidose ou la myopathie, le bébé à bronchiolite ou la prothèse de hanche de la veille , la petite fille qui vient d' être opérée à coeur ouvert ou la mamie " qui ne va pas bien" , ils ne vont pas forcément mieux pendant les Foires...
Avec Houcine, on suivait l' hélicon de l' harmonie municipale, il pêchait les canards pour avoir - toujours - un instrument de musique , trompette ou harmonica. Marianne faisait "la petite guenon" et se serrait contre moi, je la portais à n' en plus avoir de bras. On se tenait bien chaud : je la rencoignais dans mon manteau, boutonné à craquer sur elle. Que de peluches chéries attrapées au tir à la corde et tendrement choyées !
La fièvre des Foires atteindra son apogée , et le lundi matin, il ne restera déjà plus rien : les forains seront partis dans la nuit et la balayeuse municipale nous éveillera à l' aube . Fini.
Il nous restera les torchons, les kilos à perdre (souvenirs des gaufres à la Chantilly !!!), les nougats, les objets inutiles qui auront perdu tout leur éclat. "J' ai encore trop dépensé pour des bétises !" ... Et on fera un feu dans la cheminée. On finira de rentrer les plantes. On avancera dans l' hiver : "Est-ce que tu crois qu' il y aura de la neige pour Noël ?"
La tempête éclatera cet après-midi, tempête sonore, lumineuse, odorante, et ce soir, je m' endormirai bercée par le "boum boum " si grave de la pieuvre tentaculaire au bout de ma rue.
J' aime bien les Foires d' Orval et ce coeur battant rassurant.
J' aime bien les manèges, le bruit, les couleurs, la lumière, la fête , les cris des enfants et des adolescents hystériques, et les odeurs sucrées des barbes à papa et des pralines.
Lundi, j' adorerai les parfums d' oignons, de merguez, d' andouillettes, de frites et de ketchup et je me prépare déjà aux grands dilemnes : merguez ou andouillette ? avec oignons, c' est sûr, et sûrement kechup en plus. Il faut que ça dégouline, ça fait partie du jeu . Et des marrons pour me réchauffer les doigts .
Combien de gaufres à la Chantilly vais-je m' accorder ? Une par jour ? Et j' aurai de la Chantilly jusqu' au bout du nez ... j' en connais qui seront scandalisés et j' en connais qui aimeraient bien y plonger tout le museau...
J' aime bien regarder, parce que sur les manèges, je n' y monte pas. J' ai toujours été terrorisée, mais j' aime bien entendre hurler les autres, de plaisir et de peur et les regarder, surtout, les voir heureux.
Lundi, j' irai écouter les boniments salaces du marchand de chaussettes qui nous expliquera " comment on les enfile", je ferai provision de torchons ( cette année, c' est torchons, chaque année je cible : chaussettes, mouchoirs, torchons ...) . Je "ferai la Foire" en bavant devant des tas de cochonneries inutiles et laides. Jean-Pierre m' offrira sûrement des nougats.
Lundi, je boirai trop : les "petits blancs" de Touraine, je les goûterai tous, et je penserai à tous ceux avec qui j' ai trinqué les lundis de Foires et avec qui je ne trinquerai plus. On buvait à notre santé, sans y penser, puis à la santé des enfants, puis à la réussite des enfants, et à la santé des petits-enfants, puis, à leur santé à eux, les grands-parents . Maintenant, je bois à leur souvenir, chers monsieur et madame Trotignon, vieux monsieur Poirier, vous tous, fantômes si légers . Aux Foires d' Orval, je croise beaucoup de morts, sans tristesse : ils sont là, tous.
J' arriverai au lycée "toute gaite" - comme on dit ici - pour les réunions de mi-trimestre où on tentera d'assassiner quelques malheureux élèves que je n' aurai même pas envie d' accabler.
Malheureusement, je serai en stage mercredi et jeudi : deux gaufres-Chantilly ratées !
Mais pour le dernier week-end des Foires, je me rattaperai : débauche de flons-flons et de fanfares, brocante, gaufres, bien sûr !
Je chercherai l' objet le plus laid de la brocante et je le filmerai.
J' irai acheter une petite miniature de parfum pour ma collection, une par an, chaque année, c' est rituel, à la même "marchande".
Je feuilletterai les vieux livres en quête d 'introuvables possibles, je retrouverai des souvenirs d' enfance , les "Club des Cinq", la bibliothèque rose, ou verte. Jean-Pierre, lui, soupèsera les vieux outils rouillés. Je dirai " Bonjour" à plein de gens et on échangera les nouvelles avant l' hiver, ça sert aussi à ça, les Foires : dernière sortie mondaine avant l' hibernation.
Certaines années, j' ai fait la brocante et j' ai de bons souvenirs . La moitié de Saint Amand regarde passer l' autre. J' ai vendu mes coloquintes, des vieilleries, des potirons, il y eut l' année des petites voitures du papa de Marie-Christine, et celle où je me fis draguer si fort par un brocanteur que je vis arriver mes deux enfants, Houcine ayant été prévenu par sa soeur. Il venait me chercher : " On rentre à la maison ? " - Jean-Pierre était en Gambie, mais les deux gardes du corps veillaient....- Il y eut l' année avec Jacqueline, et l' année où j' ai pris froid.
Le dernier dimanche des Foires, je passerai au milieu des manèges en pensant à mes longues stations debout à regarder tourner mes enfants, à faire "Coucou" de la main à chaque tour, à applaudir quand ils décrochaient "la queue de Mickey", à me geler les pieds et à tousser, souvent à me sentir très seule, quand Jean-Pierre était de garde à la clinique ou en domiciles parce que la muciviscidose ou la myopathie, le bébé à bronchiolite ou la prothèse de hanche de la veille , la petite fille qui vient d' être opérée à coeur ouvert ou la mamie " qui ne va pas bien" , ils ne vont pas forcément mieux pendant les Foires...
Avec Houcine, on suivait l' hélicon de l' harmonie municipale, il pêchait les canards pour avoir - toujours - un instrument de musique , trompette ou harmonica. Marianne faisait "la petite guenon" et se serrait contre moi, je la portais à n' en plus avoir de bras. On se tenait bien chaud : je la rencoignais dans mon manteau, boutonné à craquer sur elle. Que de peluches chéries attrapées au tir à la corde et tendrement choyées !
La fièvre des Foires atteindra son apogée , et le lundi matin, il ne restera déjà plus rien : les forains seront partis dans la nuit et la balayeuse municipale nous éveillera à l' aube . Fini.
Il nous restera les torchons, les kilos à perdre (souvenirs des gaufres à la Chantilly !!!), les nougats, les objets inutiles qui auront perdu tout leur éclat. "J' ai encore trop dépensé pour des bétises !" ... Et on fera un feu dans la cheminée. On finira de rentrer les plantes. On avancera dans l' hiver : "Est-ce que tu crois qu' il y aura de la neige pour Noël ?"