Bonjour !
Comme je vais super bien mieux aujourd'hui et que je vous l' avais promis, voici ma petite ethnologie hospitalière.
Dans un hôpital, le patient ( du latin "patior" : souffrir, donc, celui qui souffre) est, comme chacun sait, en position horizontale. Le soignant, lui, est heureusement vertical. Pour l' identifier, il porte un badge.
AS : aide-soignante. Parfaites, dévouées, humaines. Ce sont elles qui nous lavent, nous passent le bassin (...) retapent nos lits, bref, nous font tout, de parfaites auxiliaires de vie. Eles connaissent mieux que personne la souffrance et nos plus intimes fragilités. Toutes humaines et vraies.
L'une d'elle, une jeune,m' a beaucoup amusée : il suffisait qu' elle dise une chose pour que le contraire se produise.
Par exemple, dès le deuxième jour, alors que j' étais en "position horizontale stricte, voire légère déclivité ",ce qui signifie, en langage médical, la tête un peu en bas, elle déclara péremptoirement : " Cette dame, j' ai bien envie de la lever, de toute façon,on va la lever aujourd'hui et ce serait plus pratique pour faire son lit ". On ne m' a levée que 3 jours plus tard.
Le matin de mon malaise à la morphine , elle affirma :" Vous sortez cet après-midi". J'en ai déduit que je ne sortirais que le lendemain, effectivement.
ASH : aide soignante hospitalière. (parce que les autres ne le sont pas, "hospitalières" ???) Elles apportent les repas et leur préoccupation exclusive est le comptage et le recomptage des petites cuilères . C'est fou ce que les petites cuillères disparaissent dans les hôpitaux ! Il faudrait écrire une nouvelle fantastique sur la vie des petites cuillères...Personnellement, je n' ai jamais eu droit qu' à de grandes cuillères . Parmi ces ASH se trouvait un jeune prof de maths qui m' a expliqué qu' il n' avait que 6 heures de cours et qu'il complétait son salaire par ce travail. Ca en dit long,et sur l' Education Nationale et sur la situation des hôpitaux...
Infirmières : on monte en grade . Compétentes, elles parlent, distribuent les médicaments, font les pansements, informent le malade, se préoccupent réellement de la douleur. Ingénieuses, bricoleuses, techniciennes, elles savent tout faire.
Par exemple, j' en ai vu deux démonter et remonter mon système de drain à 3 heures du matin : " Tu vois, je clampe ici, moi, je préfère clamper deux fois, c'est plus prudent, je dévisse, je revisse .... Ca ne marche pas. Bon, on va tout démonter .... Vous inquiétez pas, madame, on va y arriver ..." .Quand je pense qu' à l' autre bout du tuyau, il y a mon cerveau, j' espère bien qu' elles vont y arriver !
Je n' ai vu qu' une seule infirmière dangereuse et incompétente, lors de mon malaise à la morphine. Je sonne. " Je fais un malaise". " Mais non, vous ne faites pas de malaise !" 5 minutes après, j' entendais le neurochirurgien crier: " Au scanner! Vite !"...
Je ne comprends pas pourquoi elle a affirmé que je ne faisais pas de malaise. Si je dis que je fais un malaise, c'est que je fais un malaise , non ?
Internes : là, je sais que vous m' attendez au tournant ... oui, ils sont jeunes, oui, ils sont beaux, mais je les ai trouvés surtout fatigués, épuisés, comme ce jeune interne qui baillait horriblement à 3 heures du mat', face aux problèmes du drain et qui me disait : "Excusez moi,madame, j' en peux plus, c'est la fin de ma garde, ça fait 3 jours que je suis là, mais on va trouver la solution, ne vous en faites pas."
La nouveauté, pour moi qui n' avais pas fréquenté de CHUR depuis longtemps, c'est qu' il y a des filles. Tout aussi jeunes, tout aussi jolies, tout aussi fatiguées,comme cette toute jeune fille qui m' a retiré le drain et qui avait plus peur que moi. C'était la première fois. Je l' avais rassurée de mon mieux : " Ca va aller, il faut bien commencer un jour, et il vaut mieux que ce soit avec moi, je n' ai pas peur."
Elle si.
Neurochirurgien : là, je suis bluffée . Un gamin, un "Houcine" chirurgien, tout joyeux, tout dynamique et sautillant, plaisantant avec tout le monde et draguant gentiment un peu les internes portant jupons, il vous ouvre une boîte cranienne comme on ouvre une boîte de conserve et ça ne semble lui faire ni chaud ni froid. Sûr de lui, il n' hésite pas, c'est oui ou c'est non, il agit, il sait ce qu 'il fait . Précis. Efficace. Un génie.Je lui dois gros !
Chef de Service : Dieu le père. On ne le voit pas, on ne l' entend pas, mais il est là, présent, au téléphone, par exemple (à 3 heures du mat') supervisant et donnant ses hautes instructions. Vénéré .
La Surveillante : au-dessus de tout, y compris de Dieu le père. Elle règne sur la visite, parle peu mais remet en place, elle préside aux sorties , autorité suprême : malheur à qui a perdu ma Carte Vitale ! Je l' ai même vue, fantôme silencieux, glissant dans ma chambre une nuit pour vérifier que tout était en ordre . Terrifiante et rassurante à la fois.
Voilà, j' ai fini de vous présenter ce petit dictionnaire de l' hôpital. Demain, je vous promets une autre catégorie intéressante et curieuse : les voisines de chambre ... Et ce n' est pas triste non plus !
Bonsoir !
Comme je vais super bien mieux aujourd'hui et que je vous l' avais promis, voici ma petite ethnologie hospitalière.
Dans un hôpital, le patient ( du latin "patior" : souffrir, donc, celui qui souffre) est, comme chacun sait, en position horizontale. Le soignant, lui, est heureusement vertical. Pour l' identifier, il porte un badge.
AS : aide-soignante. Parfaites, dévouées, humaines. Ce sont elles qui nous lavent, nous passent le bassin (...) retapent nos lits, bref, nous font tout, de parfaites auxiliaires de vie. Eles connaissent mieux que personne la souffrance et nos plus intimes fragilités. Toutes humaines et vraies.
L'une d'elle, une jeune,m' a beaucoup amusée : il suffisait qu' elle dise une chose pour que le contraire se produise.
Par exemple, dès le deuxième jour, alors que j' étais en "position horizontale stricte, voire légère déclivité ",ce qui signifie, en langage médical, la tête un peu en bas, elle déclara péremptoirement : " Cette dame, j' ai bien envie de la lever, de toute façon,on va la lever aujourd'hui et ce serait plus pratique pour faire son lit ". On ne m' a levée que 3 jours plus tard.
Le matin de mon malaise à la morphine , elle affirma :" Vous sortez cet après-midi". J'en ai déduit que je ne sortirais que le lendemain, effectivement.
ASH : aide soignante hospitalière. (parce que les autres ne le sont pas, "hospitalières" ???) Elles apportent les repas et leur préoccupation exclusive est le comptage et le recomptage des petites cuilères . C'est fou ce que les petites cuillères disparaissent dans les hôpitaux ! Il faudrait écrire une nouvelle fantastique sur la vie des petites cuillères...Personnellement, je n' ai jamais eu droit qu' à de grandes cuillères . Parmi ces ASH se trouvait un jeune prof de maths qui m' a expliqué qu' il n' avait que 6 heures de cours et qu'il complétait son salaire par ce travail. Ca en dit long,et sur l' Education Nationale et sur la situation des hôpitaux...
Infirmières : on monte en grade . Compétentes, elles parlent, distribuent les médicaments, font les pansements, informent le malade, se préoccupent réellement de la douleur. Ingénieuses, bricoleuses, techniciennes, elles savent tout faire.
Par exemple, j' en ai vu deux démonter et remonter mon système de drain à 3 heures du matin : " Tu vois, je clampe ici, moi, je préfère clamper deux fois, c'est plus prudent, je dévisse, je revisse .... Ca ne marche pas. Bon, on va tout démonter .... Vous inquiétez pas, madame, on va y arriver ..." .Quand je pense qu' à l' autre bout du tuyau, il y a mon cerveau, j' espère bien qu' elles vont y arriver !
Je n' ai vu qu' une seule infirmière dangereuse et incompétente, lors de mon malaise à la morphine. Je sonne. " Je fais un malaise". " Mais non, vous ne faites pas de malaise !" 5 minutes après, j' entendais le neurochirurgien crier: " Au scanner! Vite !"...
Je ne comprends pas pourquoi elle a affirmé que je ne faisais pas de malaise. Si je dis que je fais un malaise, c'est que je fais un malaise , non ?
Internes : là, je sais que vous m' attendez au tournant ... oui, ils sont jeunes, oui, ils sont beaux, mais je les ai trouvés surtout fatigués, épuisés, comme ce jeune interne qui baillait horriblement à 3 heures du mat', face aux problèmes du drain et qui me disait : "Excusez moi,madame, j' en peux plus, c'est la fin de ma garde, ça fait 3 jours que je suis là, mais on va trouver la solution, ne vous en faites pas."
La nouveauté, pour moi qui n' avais pas fréquenté de CHUR depuis longtemps, c'est qu' il y a des filles. Tout aussi jeunes, tout aussi jolies, tout aussi fatiguées,comme cette toute jeune fille qui m' a retiré le drain et qui avait plus peur que moi. C'était la première fois. Je l' avais rassurée de mon mieux : " Ca va aller, il faut bien commencer un jour, et il vaut mieux que ce soit avec moi, je n' ai pas peur."
Elle si.
Neurochirurgien : là, je suis bluffée . Un gamin, un "Houcine" chirurgien, tout joyeux, tout dynamique et sautillant, plaisantant avec tout le monde et draguant gentiment un peu les internes portant jupons, il vous ouvre une boîte cranienne comme on ouvre une boîte de conserve et ça ne semble lui faire ni chaud ni froid. Sûr de lui, il n' hésite pas, c'est oui ou c'est non, il agit, il sait ce qu 'il fait . Précis. Efficace. Un génie.Je lui dois gros !
Chef de Service : Dieu le père. On ne le voit pas, on ne l' entend pas, mais il est là, présent, au téléphone, par exemple (à 3 heures du mat') supervisant et donnant ses hautes instructions. Vénéré .
La Surveillante : au-dessus de tout, y compris de Dieu le père. Elle règne sur la visite, parle peu mais remet en place, elle préside aux sorties , autorité suprême : malheur à qui a perdu ma Carte Vitale ! Je l' ai même vue, fantôme silencieux, glissant dans ma chambre une nuit pour vérifier que tout était en ordre . Terrifiante et rassurante à la fois.
Voilà, j' ai fini de vous présenter ce petit dictionnaire de l' hôpital. Demain, je vous promets une autre catégorie intéressante et curieuse : les voisines de chambre ... Et ce n' est pas triste non plus !
Bonsoir !