Aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi, j'ai envie de vous raconter l'histoire de ma tante Blanche, peut-être parce que la période des fêtes de fin
d'année est celle où les familles se réunissent et où on transmet aux nouvelles générations les histoires (légendaires) des générations passées. Pour ma part, j'aime bien raconter des histoires
et j' aime particulièrement raconter les histoires de famille et encore plus, les histoires de femmes. C'est, je trouve, une belle histoire de femme que je vais vous raconter là.
Ma tante Blanche était la soeur de mon arrière-grand-père Léon Aubert. C'est à dire la grand-tante de ma mère, c'est à dire la tante paternelle de ma grand-mère maternelle. - jusque là, ça va ?
vous suivez ? -
Sinon, ce n'est pas grave !
Je ne sais pas exactement quand elle est née, au début du XXème siècle en tout cas, 1906 ? 1908 ? 1910 ? par là ...
Dans les années 30, les années folles, c'était une belle jeune fille rieuse et gaie, intelligente et pleine de charme, mais passant un peu pour une écervelée. Elle rencontra un beau jeune homme
dont elle tomba amoureuse, et lui d'elle, comme de bien entendu.
Il s'appelait Pierre Rappenne, il était beau, jeune, intelligent, et riche : rejeton d'une famille de Français d' Algérie, très riches colons propriétaires de terres et à la tête de vastes
domaines en Algérie.
Comment l'a-t-elle connu ? Dans un bal, je crois. Que faisait-il en métropole ? je ne sais, était-il là pour affaires, pour études, pour voir sa famille ?
Toujours est-il qu'ils se plurent, s'aimèrent et il la demanda en mariage, elle accepta.
Mais il devait retourner en Algérie et annoncer la grande nouvelle à ses parents, il reviendrait la chercher plus tard.
A cette époque, le retour en Algérie ne s' effectuait pas en quelques heures, mais plutôt en quelques semaines, par routes et bateaux - on est dans les années 30, ne l' oubliez pas !
De retour chez lui, le jeune homme annonça qu'il avait trouvé la femme de sa vie et sa famille se réjouit et accepta la perspective du mariage.
Mais Pierre Rappenne aimait aller à la chasse - ça se pratiquait beaucoup , paraît-il, en Algérie, et, un beau matin, le voilà parti à la chasse au lion . L'affaire tourna mal, il fut attaqué et
blessé par un lion, il fallut l'amputer d'une jambe.
Si, si, je vous jure, c'est vrai tout ça !
Entre temps, les semaines et les mois avaient passé, et pas de portable pour s' appeler tous les jours ou échanger des SMS, et le courrier pas très rapide : les lettres mettaient des semaines à
parvenir d' Algérie en métropole .
Entre temps, donc, ma tante Blanche, en belle jeune fille heureuse qu'elle était, riait et dansait au bal, avait des soupirants, et il s'en trouva un dont elle tomba éperdûment amoureuse
... amour partagé ( quelle séductrice, ma vieille tante ! ) . Et ma tante de réfléchir, de se dire qu'elle préfère celui-ci, et de décider de rompre avec Pierre.
Mais au moment où sa décision était résolue, elle reçut une lettre de Pierre, l' informant de l'horrible accident dont il avait été victime et de son amputation.
Ma tante pensa que si elle le refusait, il croirait que c'était à cause de son handicap.
Que croyez-vous qu'elle fit ?
Elle rompit avec le grand amour de sa vie,prit la route et le bateau, partit en Algérie rejoindre Pierre et l' épousa.
On est des femmes d'honneur et de devoir, dans ma famille, toutes folâtres que nous paraissions !
Pendant la guerre de 39-45, l'oncle Pierre dut rentrer en métropole pour affaires et se retrouva coincé sans pouvoir repartir en Algérie. Il s' engagea dans la Résistance.
De son côté, ma tante Blanche, restée en Algérie, participa, elle aussi activement à la libération de la France, elle était sergent dans l' armée de l'air. Une femme qui n'avait peur de rien, au
caractère bien trempé !
L'oncle Pierre est mort le 15 août 1944 déporté à Hartheim en Autriche, victime de l'expérimentation médicale des nazis sur son moignon de jambe.
Il avait 38 ans. Ma tante Blanche ne s'est jamais remariée et n'a jamais eu d'enfant.
2007-12-21T14:59:00+01:00
Ma tante Blanche
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