Vendredi 8 février, le soleil se lève sur notre dernier jour à Rome et , dès le matin, nous chargeons les
bagages dans le car et muselons les sacs à dos qui devront nous accompagner toute la journée, la nuit et le jour suivant ... Aurélie a mal au dos, Gérald au genou, mais on tiendra !
En route pour le Vatican !
Dans le musée, nos élèves, rôdés, rompus aux visites sont
libérés, avec trois points de passage obligatoires : Laocoon, les chambres de Raphaël (" 4 consonnes et 3 voyelles ..." ) et la Chapelle Sixtine.
Tous seront impeccables, venant à nous de temps en temps pour nous poser des questions ou vérifier une hypothèse :
" C'est bien lui, Laocoon, celui qui s'est fait bouffer par un serpent à cause d'Athéna parce qu'il avait dit aux Troyens que les Grecs allaient se cacher dans le cheval ? " Oui,
oui...
" M'dame, j' ai vu un taureau avec un scorpion aux "parties", c'est bien du culte de Mithra , ça ?" Oui, oui ...
"M'dame, c'est bien Adam et Eve avec le serpent, là ? " Oui, oui...
Je me sens heureuse et fière. Mission réussie. Je commence à leur dire que j'espère qu'ils reviendront un jour avec leur amoureux et leurs enfants pour transmettre à leur tour...
Et qui est-ce qui réussit à se perdre dans le musée ? Moi, bien sûr ! Ca fait longtemps que ça ne m' était pas arrivé !...

Je ne vous parlerai pas du Vatican ni de la Chapelle Sixtine parce que les mots me manquent : il faut voir.
Après une pizza ( enfin ! ) au restau, nous voici à Saint Pierre de Rome.

La routine habituelle : on rassemble les troupes, Gérald et René donnent les explications nécessaires et on lâche les fauves dans Saint Pierre.

Les élèves se précipitent, qui pour monter à la coupole, qui pour voir les tombeaux des papes, qui dans la basilique.
Martine et Aurélie décident de monter à la coupole.
Gérald et René partent de leur côté, et me voilà seule.
Le bonheur absolu : j' entre seule dans Saint Pierre de Rome.
Bonheur absolu. Devant la Pietà, devant le rond de porphyre rouge sur lequel Charlemagne fut sacré empereur, la Pietà, le tombeau de Saint Pierre, la Pietà .
J'entre prier dans la Chapelle du Saint Sacrement, face aux Anges dorés du Bernin, face au Saint Ciboire, face à moi-même aussi.
Et de nouveau, la Pietà, avant de sortir,car l' idée m' est venue de voir la tombe de JeanPaul II.
Il est tard déjà et dans la crypte, je retrouve une élève venue chercher là la même chose que moi.
Elle me demande de lui raconter Jean-Paul II.
Après avoir précisé que ce n' est plus l'enseignante qui parle, mais la femme, je lui raconte le jeune Jean-Paul II qui nous enthousiasmait au Parc des Princes en 1979, ce pape qui réconciliait
l' Eglise avec le corps, ce pape sportif qui faisait du ski et des longueurs de bassin dans les piscines, bien avant d'offrir au monde l'image de ce corps souffrant, image de tous les corps
humains souffrants. Pas jeune. Pas beau. Tellement homme. Tellement plus beau que toutes les images glacées des magasines qui nous fabriquent des générations d' anorexiques et de complexés . Ce
pape qui se tournait "vers le nord, vers l'est vers le sud, vers l'ouest " et nous savions ce que cela signifiait, se tourner vers l' est ou vers le sud !
Je lui dis mes déceptions face à l' attitude de l'Eglise devant la contraception, le Sida, mes espoirs navrés d'un Pape noir ou sud-américain, mes regrets de tant de lenteur à évoluer
vers la Vie !
Je lui parle de la Pietà, cette femme portant le corps de son fils mort sur ses genoux, reflet des souffrances de toutes les femmes.
Elle est émue. Moi aussi.
Nous sortons ensemble de Saint Pierre de Rome.
Et puis nous avons marché, beaucoup marché.
Avec nos lourds sacs sur le dos, pire que la Légion romaine !
Et puis le car, nous avons roulé.
Nous roulons dans la nuit.
Nous avons déjà quitté Rome.
Déjà passé Florence.
"Nos" enfants dorment.
Grâce à la Nautamine de Morgane, Denis n'est pas malade, il dort.
Gérald, Martine, René et Aurélie somnolent.
Je m' allonge par terre au milieu du car pour dormir.
Nous sommes dans ce car qui roule cette nuit.
Au matin, grand soleil, on se croirait en Italie bien qu'on soit en France.
On a passé Lyon.
Denis n'est pas malade.
Il nous reste suffisamment d'argent pour offrir le petit déjeuner à tout le monde.
On roule dans le soleil.
Nous allons retrouver nos vies.
Epilogue :


