Longtemps, j' ai été nomade . Je ne suis de nulle
part. J'ai vécu un peu partout, à Paris, à Bordeaux, à Nantes, au Maroc, dans le Doubs.
Un jour, j' ai eu un enfant, mon fils, Houcine.
Ce jour là, j'ai décidé d'être " de quelque part" , de m'ancrer , de poser mes bagages.
Ainsi, je suis arrivée ici, dans le Berry, ma valise au bout d'un bras, mon bébé dans l'autre.
J'avais décidé de m'installer ici.
Et d'y rester.
Je pensais même, un jour, être enterrée au cimetière de Saint Amand. J'étais allée visiter. C'est bien. C''est calme.
J' y ai déjà accompagné quelques amis.
Et puis voilà, il y a eu ce tract de Thierry Vinçon pour les élections : "Confiez votre ville à ... un gars d'chez nous".
Et les électeurs ont massivement voté pour lui.
Le lendemain, j' ai rencontré mon copain Aber, lui aussi, c'est un déraciné, pire que moi, puisque moi, je n'ai jamais eu de racines.
Il s'est présenté aux élections à Morlac.
Il a été battu dans une campagne - à tous les sens du terme - hostile.
Et puis il y a eu tout ce déferlement de haine .
Non. Je ne suis pas d'ici.
Je me sens rejetée.
Et je les rejette aussi, ces "gars d'cheux nous".
Et je n' ai plus aucune envie de m'intégrer.
Je n'ai plus aucune envie de rester ici.
Ca germait bien un peu depuis quelques temps, mais ça a poussé d'un coup.
Le problème, c'est qu'ici, j'ai planté beaucoup de choses, des lilas, des hortensias jamais bleus, et même un baobab, et tous les autres,
et un citronnier.
Le problème, c'est le citronnier...
Alors j' ai pensé à ma copine Amélie-les-Crayons ( allez la voir, prenez vite vos places, elle passe à Lignières le 2 mai.)
Et voilà la solution :
"J' partirai avec mon citronnier sous l' bras
Et j'aurai plus qu' l' amitié qui m' rest'ra
C' que j'aurai l'air bête
Mais ce sera bien fait pour moi
...
Je prierai pour que là où on va
Y' ait du soleil pour l' citronnier et moi...
Et j' prierai pour que là où on va
L' citronnier soit pas trop lourd pour moi ."