Péroline, Véronique et moi, on s'est rencontrées aux "Agités du Bocage".
En fait, je connaissais déjà Péroline depuis longtemps : c'est une ancienne élève .
Lorsque j'ai vu - et entendu ! - chanter les "Agités" pour la première fois, à la "Carrosserie", ce fut le coup de foudre absolu : en quelques minutes, je savais que je voulais les
rejoindre.
Dans le groupe, nous étions - surtout Péroline et moi, les plus bavardes, les plus indisciplinées, et notre Chef vénérée déployait toute sa patience et toute sa fermeté pour calmer nos
rires et nous faire tenir tranquilles.
Je me suis demandé ce qui avait été si fort entre nous, pourquoi Péro, Véro et moi, nous nous étions "reconnues" immédiatement.
J'ai découvert depuis que nous avons , en fait, la même foi.
Je crois que nous avons toutes les trois cette foi joyeuse, cette force à renverser les montagnes.
Les filles, je sais que vous interviendrez pour rectifier si je dis des bétises, mais je pense que toutes les trois, nous avons le même Dieu : nous croyons en Dieu qui chante, et qui
fait chanter la vie, ce Dieu des grands espaces qui a envoyé Péroline au Burkina et Véronique en mer et qui m'envoie sur les chemins de Compostelle ou me pousse à marcher vers l'inconnu.
Nous avons le Dieu des vastes horizons qui nous pousse à n'avoir peur de rien , ou de pas grand-chose. Nous nous sommes croisées à des enterrements, nous étions tristes, certes, mais nous
n'avions pas peur de la mort, n'est-ce pas ?
Nous avons accompagné - et Péroline autrement plus que nous ! - des mourants et des malades, et nous pouvons entrer dans leur chambre avec le sourire, voire même, y semer le désordre et la joie,
parce que nous ne craignons pas la maladie.
Ca n'empêche pas de s'effondrer en sortant, parfois, mais on y va.
Nous pouvons faire de la danse africaine, du tango argentin, des claquettes ou faire danser tout un mariage ou une maison de retraite , parce que nous n'avons pas peur . Cette parole du Christ
est entrée en nous : "N'ayez pas peur."
Et nous n'avons pas peur, non plus, de dire "non" quand il le faut et de ramer à contre-courant quand on l'estime juste, parce qu'on peut faire la fête sans se "bourrer la gueule " ou vivre
tout un concert sans fumer un joint, ou faire la fête toute la nuit sans prendre de cocaïne . Ce qui ne nous empêche pas de cotoyer les fumeurs de joint, sans leur faire la
morale, nous, on se tait, mais on se conduit comme on veut, et si on a décidé de ne pas boire ou de ne pas fumer, on ne boira pas. Libres. Grâce à Dieu, libres.
Ca ne veut pas dire qu'on soit des Saintes : que celle d'entre nous qui n'a jamais un peu trop bu ou poussé quelque bouchon un peu trop loin me jette la première pierre...
On est bavardes et moqueuses, oh oui ! mais l' homme ou la femme adultère, on ne les juge pas.
Pourquoi ?
Je pense que nous sommes du purs bons produits de Vatican II .
Nous avons raconté des bêtises dans les 2 cv des bonnes soeurs - " les banalités" , de Véronique - connu les mêmes confessions rigolotes - à 10 ans, j'étais déjà très "adultère" ! - refait
le monde à la JAC, la JOC ou avec des prêtres ouvriers. Nous avons fréquenté les Frères des Campagnes, les Dominicaines ou les Ursulines, nous avons même dansé au mariage de prêtres !
Nous avons brancardé à Lourdes, passé des nuits blanches avec des gamins en camp de ceci ou de cela, que c'en était même de la caricature de feu de bois et de pseudo-scoutisme ridicule. Mais
toujours, je crois qu'on était capables d'en rire : oui, même de se moquer de nous-mêmes !
Je vous rassure, on n'est pas des Saintes : le doute, on connaît, les larmes, on connaît, les tourments des tentations et des faux-pas, on connaît, la souffrance, la nôtre et celle des autres, on
connaît, et je crois même qu'on sait que le plus dur reste à venir.
A la messe, Péroline aime surtout chanter, enfants, nous aurions voulu courir partout et tester nos voix dans l'acoustique magique d'écho des églises. Véronique aimait donner et recevoir le geste
de la paix du Christ. Moi, j'avais un faible pour la lecture de l'Evangile : c'était beau, ces textes !
Mais toutes, je sais que nous aimions aussi prier et pleurer.
Parce que nous rions tout le temps, mais on pleure tout le temps aussi.
Nos révoltes, nos élans , amoureux ou d'amour , filial, fraternel, maternel , notre solide appétit de vivre et de parcourir le monde, on l'a puisé là, dans cette foi.
Nos déceptions de l'Eglise ?
Elles sont , elles ont été grandes ! Nous avons rêvé d'un Pape africain, ou Sud-Américain, d'aménagements du célibat des prêtres, nous sommes, toutes les trois, je crois, capables de prôner le
préservatif et la contraception, mais l'accueil des enfants aussi. La place des femmes dans l'Eglise, l'oecuménisme nous soucient plus que le dogme de l' Immaculée Conception, et je ne suis pas
sûre que nous soyons toutes arrivées vierges au mariage ... Je suis même certaine que certaines d'entre nous peuvent être de redoutables "tombeuses" ... Mais je sais aussi que nous aimons de tout
notre coeur et que nous sommes honnêtes et franches, et que nous prenons en compte l'autre, quel qu'il soit, et sa souffrance.
Voilà pourquoi, même si on est aux trois coins du monde, ça n'a pas vraiment d'importance.
Bon dimanche, les filles !
Et bon dimanche à vous tous, mécréants visiteurs de nos blogs !
2008-10-12T06:33:00+02:00
Péro, Véro ... et moi
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