En 1980, étudiante à Paris IV Sorbonne, j'ai voulu faire ma Maîtrise sur Gainsbourg .
A l'époque, ce fut considéré comme une véritable provocation et je n'ai trouvé aucun directeur de Maîtrise qui ait accepté de suivre mon travail.
Ce qui m'intéressait avant tout chez Gainsbourg, c'était le langage, la grammaire, en quelque sorte, le sens.
Alors, je me suis finalement rabattue modestement sur Mallarmé.
Et j'ai rédigé mon mémoire sur l' Image de la femme chez Mallarmé.
Mais j'étais amoureuse de Gainsbourg.
Un jour où il dédicaçait un de ses livres dans un salon , je m' étais mise sagement dans la file d'attente pour obtenir sa signature.
J'étais avec mon copain Franck qui, décidé à me taquiner et à tenter de faire mon bonheur malgré moi , lance à Serge Gainsbourg, enfumé entre sa cigarette et son gros stylo :
" Vous savez, Monsieur, ma copine, elle est amoureuse de vous !"
Serge Gainsbourg sort de sa torpeur , me regarde droit dans les yeux et me dit :
"C'est vrai, ça ? "
Je n'ai pu articuler un seul mot ! - j'avais 21 ans ... étudiante ... très intimidée par cet homme que je trouvais si beau ! -
Je n'ai pu que hocher la tête en faisant signe que "Oui ."
Gainsbourg a souri de nouveau et m'a dit :
" Ca vous plairait de faire une photo avec moi ? "
Derechef, j'ai hoché la tête pour faire "Oui."
J'étais devenue muette .
Alors il m'a fait passer à côté de lui, de l'autre côté de la table, et mon copain Franck a pris plusieurs clichés.
Je les ai toujours gardés, ainsi que le livre Au pays des Malices , dédicacé...
C'est pourquoi je suis incollable sur Gainsbourg.
C'est pourquoi, cet après-midi, croisant Christophe dans un couloir, j'ai pu l'épater - lui qui s' y connait si bien en chanson française en lui récitant : "Toi, toi, toi, toi, sois belle et tais-toi".
Et comme il ne la connaissait pas, je l'ai trouvée sur Deezer et insérée dans cet article.
Merci, Christophe, pour ce " voyage en amnésie " !