" La présence n'existe qu' au présent ".
Replaçons les choses dans leur contexte : j' ai lu ça dans l' introduction de Michel Corvin à son Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde .
Je suis d' abord restée perplexe ... et puis, à dire vrai, furieuse .
Furieusement pas d'accord.
Ah ça non ! ce n' est pas vrai.
La présence n' existe pas qu' au présent !
Avec le théâtre, j' ai rencontré l' éphémérité.
En fait, j' y avais déjà pensé avant - quand-même ! - mais j' ai approfondi ma réflexion sur l'éphémérité.
J' aime le fugace, le passager, le futile, l'impalpable, l'insaisissable, la fuite, tout ce qui vous coule entre les doigts. C'est sûrement pour ça que j' aime la vie . C'est peut-être pour cela
que j' aime le théâtre .
Mais je crois dur comme fer en l' éternité !
D'accord avec Corvin : tout spectacle vivant est "éphémère en tant que spectacle".
Mais tout est éphémère, monsieur Corvin , à plus ou moins long terme, d'accord, mais rien ne dure, pas même les pyramides d' Egypte.
Il suffit de changer l' échelle sur laquelle on se place .
"Le geste est à jamais perdu ; ce qui reste n' est que l' effet d'une cause absente".
Deux propositions contradictoires, oui, "ce qui reste" est " l' effet d'une cause absente", mais ce "ce qui reste" atteste justement que le geste n' est pas à jamais perdu.
Je récuse le " ne ...que" .
L' éphémérité fait le prix de la vie, donne le prix de l'instant.
D' accord pour la fugacité, d' accord pour admettre que la durée d' un spectacle est moindre que celle d'une vie humaine, ou d'une pyramide égyptienne - pour prendre une mesure qui en
vaut bien une autre .
Mais moi, c'est ce "ce qui reste" qui m'intéresse, ce qui reste de cette présence, de cette intonation, de cette lumière, de cette odeur, de ce geste, de cette émotion, de cette voix évanouie
dans le très bref silence ( toujours, pour moi, trop bref ) qui précède les applaudissements.
Ce qui reste de la volatilité de l'instant, ce qui reste de la fulgurance d' un spectacle, cela nourrit ma vie et ne sortira jamais de moi, deviendra une de mes composantes, un de mes
atomes.
Autant que cette seconde de souvenir d'un effleurement, d'un regard, d'un sourire ou du crissement d'une tasse reposée.
Les Ephémères ... c'est le titre d'un spectacle de Mnouchkine ...
Elle a tout compris, elle, de la richesse et de la profondeur de l'impalpable dérision de l'instant ...
J'aime ce sentiment de la fragilité, j'aime le volatil, le subtil, le délicat qui soudain m'envahit et ne me quittera plus.
La présence n' existe pas qu' au présent.
Ou bien ce présent est-il suffisamment fort pour défier ma pauvre petite éternité.
2009-05-13T06:00:00+02:00
La pensée du jour (15)
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