Il lui fallut du temps pour m’apprivoiser.
Peu à peu, je pris l’habitude de n’être plus seule à mon dernier étage. Je l’entendais partir, tôt le matin. J’écoutais l’ascenseur grincer son retour, tard le soir. J’appris à reconnaître sa voiture, rouge, sur le parking. Le dimanche, je l’entendais siffler des marches militaires.
Sûrement un fasciste !
J’analysai ses poubelles. Nul doute : il mangeait les sardines à l’huile et le cassoulet à même la boîte de conserve. C’était le roi des soupes « Royco minut’soup ».
Horrible !
J’identifiai petit à petit chacune de ses femmes. Celle qui se glissait subrepticement chez lui après avoir frappé 3 petits coups discrets. Celle qui tambourinait des heures durant et menait grand tapage sur le palier, pour laquelle il faisait semblant de ne jamais être là. Celle qui paraissait beaucoup trop jeune pour lui. Celle qui paraissait beaucoup trop vieille pour lui. Celle qui venait l’aider à ranger et prendre un thé de temps en temps. Celles qui apparaissaient, l’espace d’un week-end ou de quelques jours, avec lesquelles il disparaissait, l’espace d’un week-end ou de quelques jours et qu’on ne revoyait plus jamais.
Amusant …
Lorsqu’il vint frapper à ma porte, du courrier à la main, demandant si je connaissais l’adresse des anciens locataires, j’avais envie de rire … « C’est pas marqué La Poste ! »…
Lorsqu’il vint m’inviter à écouter Carmen le soir chez lui, A LA RADIO sur France-Musique – « Je crois que vous aimez l’opéra… » - j’avais vraiment envie de rire !
Et puis j’y suis allée.
Et je l’ai dévoré tout cru sur le canapé.