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2007-04-20T06:22:00+02:00

Madame Juliette Gréco.

Publié par Françoise

Mercredi soir, je suis allée voir Juliette Gréco au Printemps de Bourges.

Pour dire vrai, ce n' était pas mon choix initial et j' avais d 'abord proposé à mon amie Marie-Christine la soirée Jeanne Cheral, Mano Solo, Sanseverino, Adamo ... pour Adamo, celui de " Laisse mes mains sur tes hanches" et de "Tombe la neige". Marie-Christine me suggère Gréco et moi de répondre : " Gréco ? mais elle a 80 ans." Lorsque Marie-Christine m' a fait comprendre qu' Adamo en avait 75... j' ai convenu qu' à 5 ans près, quitte à aller voir un vieux, on pouvait aller voir une vieille et que, dans le fond, tout ça ne nous rajeunissait pas...

Et bien si ! Subjuguée, je suis ! Me voilà tombée amoureuse de Gréco ... Incroyable. Je m' attendais à voir une mamie, on m' avait tout dit : " elle est liftée", "elle est droguée" , " son dernier concert, elle était tellement saoule qu' elle a fait un malaise et il a fallu la sortir". C ' est peut-être vrai, tout ça, mais ce que j' ai vu hier, ce n' était pas une mamie de 80 ans !

J' ai vu une femme , une vraie, une vraie femme avec un charisme qui vous scotche toute la salle à son fauteuil, avec une sensualité qui n'  a renoncé à rien, avec une force politique qui n' a pas abdiqué. J' ai vu une femme dont la voix, peut-être un peu plus grave, n'  avait rien perdu de sa puissance et dont on percevait le souffle.

Lorsqu'elle arrive, dans sa longue robe noire qu' elle soulève pour marcher, découvrant des escarpins sur lesquels elle restera plantée pendant une heure 30 sans le moindre signe de faiblesse ( essayez d' en faire autant, les filles ! ), le décor est en place : un micro planté au milieu, qu' on se croirait dans un studio de radio des années 50 - dit Marie-Christine -, à jardin, un immense piano à queue dont  Gérard Jouannest - son mari- fait sonner la moindre note, et un accordéoniste digne de Piaf.

Elle arrive à petits pas, toute petite, très blanche dans sa longue robe de chauve-souris, elle ne nous parlera pas, elle se contente d' annoncer rituellement : " Une chanson d' Etienne Roda-Gil et de Julien Clerc", de Ferré, de Gainsbourg, de Trenet, de Maxime Le Forestier, de Brel ... Que des grands, des très grands , pour une sacrée grande !  Elle commence par " Je n' ai plus 20 ans " et finira par la rencontre avec la mort de Brel .  Mais non ! elle ajoutera " Le Temps des Cerises" parce que c 'est une chanson d' amour, comme toutes les chansons de révolte, parce que c ' est une chanson de révolte, comme toutes les chansons d ' amour..."

Elle ne chante pas, elle interprète, c 'est du théâtre, du beau. Chaque geste, chaque intonation, chaque souffle prend et donne sens. Et lorsqu' elle intime, charmeuse et sensuelle : " Déshabillez-moi..." elle est crédible. Incroyable. Nous avons donc découvert qu' on pouvait être une femme à 80 ans, et quelle femme ! plus séductrice et envoûtante que n ' importe quelle fille de 20 ! Lorsqu ' elle a chanté      " Jolie môme", c 'est elle qu 'on voyait toute nue sous sa robe et dans " Mathilde" de Jacques Brel, elle était aussi un homme.

En duo avec Abd al Malik, elle a chanté "Né quelque part", lui grand , beau, jeune, noir, gentil, généreux, cordial, homme, elle petite, mûre , blanche, inquiétante , dure, forte et frêle, femme. Et tous deux incarnaient les mêmes idéaux.

 

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